ÉDITOS

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Triste vote

 

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L’Assemblée nationale a voté ce mardi le Traité instituant le Mécanisme Européen de Stabilité. Sa décision était attendue puisque la majorité de droite devait logiquement approuver un traité écrit par Nicolas Sarkozy. Le vote des socialistes l’était moins. Après que le Bureau national du PS se soit plutôt prononcé pour le « non » et que François Hollande ait fait savoir qu’il était pour le « oui », la « synthèse » se fit sur l’abstention. « Notre abstention est dynamique, offensive. Le vote non aurait donné l’impression de ne rien décider » a lancé Jean-Marc Ayrault, le président du groupe PS, dans une surenchère avec Pierre Dac.Hélas non, c’est une abstention de capitulation déplorable. Car recommencée au Sénat le 28 février prochain, elle signifierait que le PS renoncer à bloquer ce texte. Il aurait pu en votant non dans la Seconde Chambre où la gauche est désormais majoritaire contraindre Sarkozy à recourir au referendum. Ou plus probablement, il l’aurait forcé à laisser la ratification entre les mains de la majorité parlementaire qui sera élue dans quelques mois.

L’abstention des socialistes est lamentable car elle divise la gauche. Front de Gauche et Verts ont fait le choix du « non » qui aurait dû rassembler la gauche. Ce vote déconsidère enfin totalement les promesses de renégociation avancées par le candidat Hollande. Comment demander la renégociation d’un traité ratifié par son propre pays lorsqu’on ne s’y est même pas opposé ! Comment assumer un bras de fer sur les traités imposés par la finance quand on veut d’abord rassurer les marchés financiers et leurs agences de notation ?

Le PS prétend vouloir renégocier uniquement le traité budgétaire, qui fait obligation aux Etats de constitutionnaliser une « règle d’or ». Ce second texte n’est pas encore finalisé. Ce sera l’objet du sommet européen du 1er mars. C’est donc la prochaine majorité qui aura à le ratifier ou à le rejeter. Mais il est validé par avance dans le MES puisque que ce dernier fait obligation aux Etats qui en appellent à « l’aide » de ce dispositif d’avoir ratifié ce carcan budgétaire punitif et antidémocratique. « Je ne peux pas revenir sur la parole de la France » expliquerait sans doute un Hollande élu président de la République pour justifier l’acceptation du traité budgétaire, éventuellement assorti d’un ajout cosmétique et proclamatoire en faveur de la relance. N’est-ce pas ce que fit en son temps Lionel Jospin sur le traité d’Amsterdam, avalé tout rond quelques semaines après la victoire de la gauche malgré des promesses de campagne autrement plus précises.

Conscients de cette situation, un petit groupe d’une vingtaine de députés socialistes a rompu les rangs pour voter « non » comme les y avait invité Jean-Luc Mélenchon. Leur décision doit être saluée. En 2005, nous avons vu que le peuple français donnait parfois raison à ceux qui avaient ce courage. En 2012 ils pourront le faire en votant pour le Front de Gauche, seule force politique qui s’engage à remettre en cause ces traités et à organiser un referendum pour faire prévaloir la volonté du peuple.

François Delapierre,
directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon