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Compte rendu du forum écologique du Parti de Gauche: organiser la transition vers un alterdéveloppement - la planification écologique

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Ce compte rendu a été rédigé par les camarades de la Commission Ecologie du Parti de Gauche (PG), sur la base de leurs prises de notes pendant le forum. Les interventions n'ont pas été relues par leurs auteurs.

Programme

9h30 Introduction de la journée

Par Jean Luc Mélenchon (PG)

10h-12h Face à la crise écologique, dépasser le système capitaliste et se doter de nouveaux indicateurs

Avec Hervé Kempf (Auteur du livre « pour sauver la planète, sortez du capitalisme »), Franck Pupunat (PG), Jacques Généreux (PG)

13h30-15h30 Organiser la planification écologique

Avec Jacques Rigaudiat (PG), Laurent Levard (PG)

15h30-17h30 Agir maintenant en France et en Europe

Avec Martine Billard (Députée des Verts de Paris), Corinne Morel Darleux (PG), Eric Coquerel (PG), Jean Luc Mélenchon (PG)

17h30 Synthèse et clôture du Forum

Par François Delapierre (PG)

L'animation a été assurée par Elodie Vaxelaire (PG).

 

9h30 Introduction de la journée par Jean Luc Mélenchon (PG)


Il faut remettre la question de la planification dans son contexte spécifique.

D'abord celui de la constitution du Parti de Gauche. Le texte à partir duquel nous allons travailler, et qui a fait l'objet d'une première étape de réflexion de la part de la Commission Ecologie du parti, ce texte, il faut le préciser tout de suite, est un texte de travail, un texte « martyr » au sens plein du mot. Il s'agit d'une synthèse politique, et non d'une synthèse d'expertise. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que ce texte va être discuté, critiqué par les intervenants aujourd'hui, mais aussi par les militants qui prendront la parole au cours de ces débats. Il sera ensuite soumis aux comités du Parti de Gauche, où il sera débattu et amendé par les militants. Il sera enfin intégré dans le programme général qui sera soumis au vote des délégués lors du congrès qui aura lieu à l'automne 2009.

Le contexte du forum d'aujourd'hui, c'est aussi les questions que soulève la nécessité de l'action - à commencer par l'échéance des élections européennes.

Disons-le d'emblée : nous n'avons pas voulu confondre ces deux temps : le temps de l'action, et l'élaboration programmatique. Le premier est un temps court : la seconde s'inscrit dans un temps long, celle d'une appropriation de la réflexion politique.

Si nous voulons agir avec sérieux, il faut assumer le côté provisoire de tout ce qui relève de l'action : celle-ci ne vise pas la perfection ; elle s'inscrit dans une relativité, celle de l'actualité politique et sociale.

La commission de programme bénéficie d'une coordination technique : c'est Jacques Rigaudiat qui en assumera la coordination.

Pour la partie liée spécifiquement à l'analyse de la crise écologique, c'est Corinne Morel Darleux et Elodie Vaxelaire qui assurent le pilotage et l'impulsion de la discussion que nous allons avoir aujourd'hui, mais aussi de toutes celles que nous aurons dans les mois à venir.

C'est le moment de dire que notre objectif est double : non seulement il s'agit d'élaborer un programme de transformation sociale, mais il s'agit aussi de nous transformer nous-mêmes.

Cette question écologique, nous n'en sommes pas familiers ; elle a longtemps été absente des préoccupations de la Gauche - et je vais citer ici mon propre exemple. Je me suis engagé à gauche par la rébellion ; la rébellion est devenue révolte ; la révolte visait la Révolution. L'urgence écologique nous impose de définir un cadre de pensée global. Et jusqu'à présent, on s'interdisait de penser global : penser global, c'était préparer le Goulag. On s'est enfermé, à gauche même, dans un pragmatisme à la petite semaine. Or, sous la pression des événements, et de ceux qui nous ont poussés dans le dos - il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître, et je le fais bien volontiers - nous avons été intellectuellement interpellés sur la question de l'urgence écologique. Cette crise écologique a cessé d'être un schéma purement intellectuel : elle est devenue une réalité. La première cause de mortalité dans le monde, c'est les conséquences mêmes de cette crise écologique - ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'ONU. Nous sommes rattrapés par les événements. La crise économique et la crise écologique sont les deux versants d'une même réalité.

Cela me conduit à ma dernière remarque, elle est capitale : nous abordons cette question de l'urgence écologique sous un angle bien particulier : celui de la planification.

Le mot fait peur : on l'assimile au Gosplan. Mais derrière cette peur, il y a un amalgame des plus funestes : on enveloppe dans une même condamnation la Révolution de 17, la planification, et le principe même de la concertation politique - c'est-à-dire un événement et des principes qui précisément guident notre action.

Qu'on soit clair : le principe de la planification n'a rien à voir avec la caricature qu'en dessinent ses adversaires. Dans une société humaine, tout est humain, tout est social, tout est politique, tout est enjeu de luttes. L'enjeu de la planification s'inscrit lui-même dans ce contexte des luttes. Or il faut mettre au cœur des luttes le motif du temps, qui est lui-même le cœur du principe de la planification. Les physiciens nous disent que le temps est une propriété de l'univers matériel. Mais au sein même du temps, dans les sociétés humaines, il faut encore faire le départ entre deux formes de temporalité. J'emprunterai ici à Roger Sue - dont je n'approuve pas les conclusions, qui sont libérales - son concept, fondamental, de « temps dominant »1. Le cycle de la marchandise, le travail le dimanche, c'est cela, aujourd'hui, le temps dominant. Le capitalisme, c'est un univers borné au temps court, aux simagrées du temps dit « réel », de l'émotion, de la publicité, de la télé réalité - un temps in-humain, pour reprendre le terme de Jacques Généreux. Ce temps « zéro », quand il domine en politique, il évacue totalement le temps de la pensée. On limite la prétendue action politique à la logique du court terme. Et justement, on s'interdit d'agir face à l'urgence écologique. L'écologie, l'évolution des écosystèmes, c'est du temps long.

Alors, je vous accorde que le temps du déploiement des luttes, c'est du temps court - mais il faut impérativement articuler les deux ! C'est cette articulation du temps court et du temps long qui sous-tend le principe de la planification.

Disons-le franchement : sans planification, il n'y a aucun changement possible, sans planification, l'idée même d'une transition vers un autre mode de production et d'organisation sociale est inenvisageable. Voilà ce qu'il y a derrière la peur dont je parlais il y a un instant : la condamnation à l'inaction perpétuelle, à l'impuissance politique, à la soumission au temps dominant. Car quel est l'enjeu de l'action politique ? Pas autre chose que ceci : assurer la transition d'un mode de production et d'échanges à un autre - une transition qui sera nécessairement une transition écologique.

Le Parti de Gauche vise une transformation radicale de la société, pas par parti pris idéologique, mais parce que la réalité de la crise économique, sociale, politique, et écologique est en nous. Cette crise durera tant qu'on cherchera à tous les niveaux et par tous les moyens à susciter des désirs de consommation qui n'existent pas.

La seule méthode qui l'emportera et permettra de réaliser cette transition radicale, c'est l'implication populaire. Nous avons besoin d'expertise, certes, mais qui va décider finalement ? Le peuple !

D'où la nécessité d'un développement de l'éducation et d'une éducation dans un cadre laïque : si on entre dans le débat avec des vérités révélées en tête, alors on court à l'échec ! Cette éducation doit faire prendre conscience qu'il y a un intérêt général humain. Aucun des plans de relance proposés à l'heure actuelle pour remédier à la crise financière, économique et sociale ne prend en compte les problèmes que pose le mode d'économie productiviste. On voit ainsi cohabiter dans les programmes des préoccupations environnementalistes, et des dispositions relatives à la relance de la production industrielle ! Il s'agit d'une pure et simple contradiction ! Ceux d'entre nous qui ont connu les déboires dans lesquels le Parti Socialiste est aujourd'hui plongé savent de quoi je parle. On ne peut avoir de politique sociale, de république socialiste, si l'on n'engage pas une critique globale de notre modèle culturel. Cette critique ne peut être impulsée sur le terrain politique que par la consultation des citoyens : nos camarades d'Amérique latine l'ont compris qui, dans les pays où une vraie révolution sociale est en marche, votent sans arrêt. La démocratie, ce n'est pas un pensum, c'est le seul et unique vecteur possible du changement !

C'est parce que la démocratie est notre moyen que nous sommes le « Parti de Gauche ».

Hervé Kempf me demandait avant d'entrer dans cette salle ce que c'était, finalement, la gauche. La gauche, historiquement, a commencé quand un roi a décrété au parlement que ceux qui étaient contre le principe d'un droit de veto parlementaire sur les décisions de l'exécutif royal devaient prendre place à droite - la droite, le côté des Elus, le « bon côté » - et ceux des parlementaires qui étaient pour le droit de veto devait prendre place à gauche. Voilà ce que c'est, historiquement, la gauche : le droit de veto, la souveraineté populaire ! Si l'on pense que le peuple tout entier est le souverain, on pense qu'il y a un intérêt général humain et que toute décision politique doit s'inscrire dans l'horizon de cet intérêt général humain - et alors seulement, on peut dire qu'on est de gauche.

Voilà l'horizon, voilà les principes - mais en attendant, que faire ?

La planification démocratique, voilà notre réponse. Deux mots importants. La planification, c'est la maîtrise du temps long, et le temps long, c'est le temps dominant. Et cette planification doit à chaque instant de son processus s'accorder, se vérifier, être validée par le suffrage universel.

Et après ?

Après la planification s'applique, et là il n'y a plus qu'un seul principe : dura lex, sed lex. Si l'on est un républicain de gauche, on sait qu'il y a une hiérarchie des normes, et que cette hiérarchie des normes place la loi au-dessus du contrat.

Et ainsi l'intérêt général prime sur les intérêts particuliers.


10h-12h Face à la crise écologique, dépasser le système capitaliste et se doter de nouveaux indicateurs

Avec Hervé Kempf (Auteur du livre « pour sauver la planète, sortez du capitalisme »), Franck Pupunat (PG), Jacques Généreux (PG)

Intervention de Franck Pupunat (PG)


L'esprit de mon intervention s'articule autour de trois temps. Nous verrons d'abord la crise comme profonde et surtout globale : sociale, sociétale et écologique. Cela nous amènera à comprendre que toutes ces crises sont en fait liées et engendrées par le modèle productiviste. Pour en sortir il nous faudra donc une rupture forte : un alterdéveloppement et donc de nouveaux indicateurs.

Les conséquences de la crise écologique sont d'ores et déjà bien réelles : pollution en tous genres, dérèglement climatique, réfugiés, les accès à l'eau, l'agriculture aux biens... Bien entendu ce sont les pays pauvres les plus touchés. Selon le GIEC, nous avons jusqu'à 2050, au-delà duquel nous sommes en territoire inconnu. Dire cela n'est pas faire du catastrophisme mais bien prendre en compte la réalité pour pouvoir changer les choses. Prenons l'exemple des chefs d'état européens qui se sont réunis les 11 et 12 décembre dernier autour du parquet énergie climat et qui devait déboucher sur un accord permettant de répondre à l'exigence de diminuer de 20% les émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau des années 90. Cette rencontre a abouti à un échec lourd de conséquences car les mesures prises sont le pire des scénarios : pas de principe de pollueur payeur, confirmation du système des droits à polluer, pas de systèmes de sanctions, pas de soutiens aux pays pauvres pour un développement écologique, les 2/3 des réductions sont prévues par le système de la compensation donc en dehors de l'Union Européenne. Il s'agit d'une journée noire pour l'Europe, les dirigeants européens ont tourné le dos aux résolutions politiques sur le changement climatique.

L'échec des dirigeants est en fait celui du système capitaliste qui n'a qu'un objectif, celui de la rentabilité du capital. Il n'y a pas de dimension humaine sauf si celle-ci est rentable (on parle alors de capital humain). C'est par ailleurs un système englobant : ce sont les sphères sociales, économiques et environnementales qui sont régies ; ce sont donc toutes les sphères de la vie qui sont marchandisées. Le système productif produit pour produire et s'entretient par la société de consommation, l'ostentation et la publicité. C'est donc un système totalitaire par nature qui implique, qui rend nécessaire une rupture forte. Ceux à gauche qui restent dans ce cadre productiviste, créateur de besoins fictifs pour obtenir des débouchés et une artificielle survie, ne peuvent réussir, sont voués à l'échec. L'Europe et son corollaire  de textes nous fournissent un bon exemple. Le Manifesto du PSE comme le manifeste des verts européens ne remettent tout simplement pas en cause le système comme si l'écologie pouvait ne pas être politisée pour dépasser le système.

C'est d'un autre système dont nous avons besoin, d'un alterdéveloppement. L'indice PIB, central dans le système capitaliste n'est pas pertinent. J'en veux pour exemple la tempête Katrina qui a relancé la croissance aux Etats Unis. Nous ne prônons pas la décroissance mais plutôt un autre développement : c'est-à-dire la décroissance de certains secteurs destructeurs de biens communs, de biodiversité, de lien social et la croissance des autres qui rendent possible cet alterdéveloppement. En plus des indicateurs présents dans le texte (texte martyr qui a servi à animer les débats) osons parler de répartition des revenus, d'accès aux biens publics, d'éducation etc. comme boussole pour cet alterdéveloppement. C'est bien dans le cadre d'une société démocratique avec des citoyens émancipés, éclairés et non avec des indicateurs décidés par le haut que nous aboutirons au bien commun. Cette société fraternelle, où l'on vit bien, qui nous permet de voir loin et qui nous donne donc cette légitimité pour la planification écologique.

Intervention d'Hervé Kempf, journaliste et auteur de « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme »


Je tiens tout d'abord à préciser que je ne suis militant d'aucun parti et qu'il faut à ce titre me considérer plus comme un expert pour éclairer le débat, pour travailler ensemble plus que comme une personnalité politique qui viendrait discuter votre argumentaire. Le texte, et c'est en réaction à celui-ci que j'interviendrais aujourd'hui est un brouillon, mais un brouillon de qualité.

La crise écologique d'abord détermine l'époque. L'espérance de vie humaine se heurte aux limites naturelles. Les temps longs qu'elle implique pour être résolue nécessitent une mutation anthropologique. En revanche l'action politique s'inscrit dans un temps court : oui, en 2050 un basculement est possible et au-delà de cette limite nous sommes dans l'inconnu. La crise aura lieu, mais quand ?  Certains spécialistes pensent que le basculement est fait, d'autres pensent qu'il faut avoir changé pour 2050. Le temps court de l'action fait donc appel quoi qu'il arrive à l'urgence.

En ce qui concerne la notion de développement, je dirais que deux acceptions sont possibles. La première est celle de ce qui est bien, de ce qui est exemplaire : « C'est un modèle pour moi ». La seconde est ce qui domine, l'idéologie majoritairement en vigueur et les pratiques qui découlent d'elle. Ainsi, notre modèle de développement ne peut servir de modèle, ne peut être généralisable étant donné les limites et les destructions écologiques qu'il engendre.

En revanche, il faut préciser que la limite qui vient du système productiviste n'est pas l'apanage du capitalisme. La gauche l'a porté aussi aux 19ème et 20ème siècles exception faite de l'écologie politique. Il est donc nécessaire de substituer le concept de besoin à celui de production : unir justice sociale et respect de l'environnement. La question maintenant qui est posée est de savoir si les pays riches ont besoin de se développer ? Il faut en fait reposer la question de façon à voir ce qui rentre dans le giron du développement. Un exemple, aux Etats Unis, le développement passe aussi par la construction immobilière...les pays qui ont besoin de développement n'ont pas besoin de notre modèle de développement ; je rappellerai une expression employée par Jacques Généreux, et qui m'avait frappé : « moins de biens, plus de liens ». C'est-à-dire être ensemble, en coopération...

En ce qui concerne le terme de planification, il s'agit selon moi d'un risque de l'utiliser car il est très connoté avec la révolution même si il est bien entendu dévoyé. D'autres choses dans le texte doivent être approfondies. Vous devez mieux articuler la question écologique et la question sociale par exemple. Vous pouvez par exemple l'articuler avec la question de l'habitat et de la distribution des revenus. Vous pouvez ensuite poser la question d'un revenu maximum admissible : les riches imposent leur domination culturelle, leur mode de vie.

Je reviendrai pour finir sur les différences qui existent entre capitalisme et économie de marché. L'économie de marché a toujours existé. Le capitalisme est une extension du rapport marchand à tous les rapports sociaux. La loi doit donc retirer à mon sens des pans de l'économie de marché. Il faut réduire nos consommations, donc nos productions, sans revenir à la bougie. A ce titre, l'économie coopérative me semble être une bonne piste. D'autres pistes législatives existent que je pose au débat aujourd'hui : marché ou taxe carbone ? Système de prix ou fiscalité etc. etc. Articuler le problème de l'écologie avec celui de la question sociale n'est pas simple. Par exemple : la politique d'augmentation des logements sociaux contribue, qu'on le veuille ou non, à l'étalement urbain, et donc pose des problèmes de détérioration de l'environnement. La question est sans doute de savoir s'il faut encourager l'expansion de Paris, par exemple : il faut considérer le problème de l'articulation de l'écologie à la question sociale dans le cadre de l'aménagement du territoire.

Enfin, il y a une question que votre texte ne soulève pas suffisamment, qui est celui de l'évolution des comportements. Le capitalisme, et l'extension généralisée de l'économie de marché qu'il suscite, a conduit à une marchandisation générale des liens sociaux. Il n'est pas sûr que la planification puisse apporter une réponse à ce problème. Il faut poser le problème des comportements sociaux - et là encore, cela peut être fait en rapport avec la question sociale. Ainsi, le problème du revenu maximal admissible. Il est bien évident que des revenus délirants comme ceux des grands dirigeants de société, génèrent un comportement consumériste. Et pas seulement chez ces gens-là, qui au bout du compte ne représentent qu'une partie infime de la société, mais dans la société tout entière, par un effet d'entraînement. A tous les niveaux de l'échelle sociale, on cherche à reproduire les comportements consuméristes, luxueux, de cette caste dominante. Là encore, c'est un point qui n'apparaît pas dans votre texte, et qui me paraît fondamental.

Débat avec la salle


1/ François signale l'importance du vocabulaire que l'on emploie. Ainsi l'expression de crise écologique n'est pas appropriée ; le mot de crise renvoie à un phénomène ponctuel, quand le problème écologique est précisément un problème de long terme. Il vaudrait mieux parler d'urgence écologique, de désastre écologique, de catastrophe écologique. La question de l'orientation sémantique est précisément ce qui peut distinguer notre entreprise au sein du PG de la phraséologie officielle.

2/ Christophe. Pour ma part, je suis favorable au principe du développement. Le problème posé par le texte tient à la notion de PIB. Elle n'est pas correctement employée dans le texte, parce que le PIB ne renvoie pas uniquement à la production marchande. Le PIB englobe également, dans son mode de calcul, ce qui renvoie de la production non marchande. Je ne suis pas favorable à l'emploi d'une terminologie terroriste qui tue dans l'œuf tout dialogue, tout débat sur la question écologique - notamment en employant des mots qui font peur. Il faut que la raison reste en toute circonstance au poste de commande. Si l'on veut le plein emploi, deux pistes sont à suivre : 1/ maintenir le principe de la croissance économique - mais dans la voie de la production non marchande : quand on embauche un instituteur, quand un paysan bio se lance dans l'exploitation d'une terre, la croissance augmente ; sans compromettre l'environnement ; 2/ Réduire encore le temps de travail, d'au moins 12 heures.

3/ Raymond. rappelle l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : « La loi est l'expression de la volonté générale ». Il faut bien insister, en abordant la question écologique, qu'il s'agit avant tout d'un problème concernant l'humanité tout entière : l'urgence écologique n'est pas une menace sur la planète, mais sur l'homme.

4/ Olivier (Paris). La notion de planification risque de rappeler une posture de l'homme maître et possesseur de la nature, qui a conduit aux excès que nous déplorons aujourd'hui. Il faut se défier d'une pensée trop ordonnée.

La question des termes est complexe. Le mot développement est d'un passé trop chargé ; celui d'alterdéveloppement ne semble pas une solution. Le président Evo Morales, en Bolivie, a repris le terme « vivre-bien », que l'expression « bien-être », galvaudée par le discours publicitaire dans nos sociétés, ne saurait traduire exactement. On peut vivre bien sans vivre mieux : l'expression ne suggère pas, justement, l'idée d'un accroissement à tout prix... Par ailleurs, vivre bien, ce n'est pas vivre au détriment des autres. Voilà une piste terminologique qui peut s'avérer fructueuse.

5/ Sylvie (du Havre) évoque deux points : 1/ On ne parle pas dans le texte des objecteurs de croissance, on manifeste en général à leur égard un vague mépris ; pourtant, ce sont des gens qui ont déclenché, d'une manière décisive, la réflexion sur l'urgence écologique. 2/ Il faut poser la question du rapport aux biens, cerner la différence entre propriété, accès et usage. Est-ce que le pouvoir passe par l'avoir ?

Intervention de Jacques Généreux (PG)


Une des grandes illusions ou facilité de la gauche en écologie, c'est de considérer que le capitalisme est responsable. Or cette impasse écologique est bien plus liée au productivisme, symptôme de la pensée moderne qui considère qu'il fallait arracher la personne à ses déterminismes sociaux, devenir indépendant mais au final être séparé des autres, de son milieu, donc de son environnement. Il est très compliqué de se concevoir comme être libre par rapport aux autres. Comment penser la société comme la somme d'individus potentiellement rivaux ? La pensée moderne voulait ériger le capitalisme comme créateur d'un ordre social nouveau en promettant la création d'abondance, la disparition des conflits d'intérêts et de la rivalité. C'est une grande manipulation puisque le marché a inventé au contraire la rareté, la création de sentiments de frustration, de désir, de besoins artificiels, la mise en concurrence généralisée afin d'en vouloir toujours plus et permettre ainsi le renouvèlement du profit.

De cette impasse aujourd'hui il y a une façon juste de repenser la société. Il faut remonter aux origines du socialisme (LEROUX, MARX) où l'homme est l'articulation d'une pulsion d'exister de manière unique et d'une pulsion vers les autres. Il faut repartir de la réalité de la construction d'un être humain, du désir d'être soi, d'être avec les autres qui sont les vrais besoins fondamentaux avec manger, boire et ne pas mourir de froid. Il s'agit donc bien d'une articulation entre être soi même et être avec les autres sans disparaître qu'il faut penser. Il y a ainsi quatre finalités de fond :

  • avoir accès à l'épanouissement personnel (autonomie, liberté, expression),
  • que cela se passe en société, en harmonie,
  • la justice, la capacité et la garantie des êtres humains à être égaux,
  • cela implique aussi les générations futures dans ses termes même.

Ces quatre facteurs sont considérablement intriqués les uns aux autres, ce qui permet l'aboutissement très concret de l'Indice de Progrès Humain (IPH). Car le développement est un moyen mais pas une finalité en soi, où la finalité, comme nous l'avons dit est une vie pleine dans une bonne société. Les quatre moyens, les quatre composantes de l'indice IPH pourraient donc être les suivants :

  • L'émancipation qui recouvre les critères d'éducation, de diminution du temps de travail, diminution des maladies professionnelles, du stress ...
  • L'harmonie sociale et la solidarité : vie associative, taux d'emploi, sous emploi, violence, taux de suicide, racisme, unions mixtes, ...
  • La diminution des inégalités : patrimoine, revenu, reproduction sociale...
  • Les droits des générations futures : empreinte écologique, les diverses formes de pollutions, taux d'émission de CO2 ...

L'IPH est en fait l'indicateur républicain (liberté, égalité, fraternité) revisité avec l'écologie. Il doit se concrétiser notamment dans des pondérations discutées chaque année par la société grâce à un système de double ratification : par le parlement et par la société pour éviter la volatilité de l'indicateur.

Débat avec la salle


1/ Thierry (Bagnolet) : la proposition de J. Généreux me convient, mais il faudrait adjoindre à la notion d'Indice de progrès humain la notion d'écologie. Elle est peut-être implicitement comprise par le principe de calcul de cet indice, mais il faut l'afficher dans le nom même de l'indice et parler d'IPHE. Par ailleurs, il faut rappeler l'importance des agriculteurs dans cette question écologique : ils sont aux premières lignes ; rien ne se fera sans eux - et ce dans tous les pays du monde.

2/ Danièle (Paris). La définition de l'homme proposée par J. Généreux est trop matérialiste ; il faudrait intégrer la notion de sacré - pas au sens religieux du terme ! Il ne faut pas avoir peur des mots : si l'on a peur des mots, on a également peur des analyses. Ainsi la notion de planification dit ce qu'il faut dire : pourquoi ne pas l'employer ? De même il faudrait remettre au cœur des débats la notion de société de consommation, qui était si employée dans les années soixante, et qui est tombée en désuétude, alors qu'elle est si juste pour décrire le fonctionnement de notre société.

3/ Martine (Paris) Il y a deux lacunes dans le texte : 1/ La question des armes. Il faut qu'on soit plus clairs sur ce sujet. Quand on voit que certains aujourd'hui osent dire que des mines antipersonnelles sont écologiques ! Nous devons réagir fortement à ce type de propos honteux. 2/ La question des comportements de consommation doit être posée avec lucidité : pour beaucoup de gens, le rapport aux biens s'opère sur le mode de la frustration. Il faut poser la question d'une répartition des richesses, et pas seulement d'un freinage dans la production des biens.

4/ Maurice (Yvelines) déplore l'absence de Paul Ariès (qui a été dans l'impossibilité de participer au forum, malgré son intérêt). Il mentionne l'importance de la réflexion de Paul Ariès dans les débats en cours : notamment la notion de mésusage.

5/ Jean-Philippe (Lille) rappelle qu'il doit y avoir deux planifications : 1/ Une planification sectorielle (par secteurs d'activités économiques) et 2/ une planification territoriale (dans la perspective d'aménagement du territoire). Il faut rappeler à cet égard le principe de la solidarité entre les territoires, qui est fondamentale au regard du principe républicain. Enfin, il faut insister sur le principe de l'éducation populaire pour faire évoluer les comportements. Jean-Philippe, en tant qu'informaticien, travaille à la création de logiciels libres - libres et non gratuits : ces logiciels sont hors du système marchand de l'établissement des prix.

6/ Brahim (Calvados) : Il n'est pas insisté en effet suffisamment sur la question de l'éducation populaire dans le texte. Il faut notamment combattre le capitalisme vert, qui peut aujourd'hui encore faire appel à une entreprise comme Trafigura pour recycler des déchets en France, alors que cette entreprise s'est rendue coupable en 2006 d'une véritable catastrophe écologique à Abidjan, ensevelissant près de 30.000 tonnes de déchets hautement toxiques (plomb, métaux lourds), au préjudice majeur de la population locale. Il faut que le parti se donne les moyens médiatiques de dénoncer de pareils scandales.

Réactions des intervenants

Jacques Généreux (PG)


1/ Pourquoi ne pas intégrer le mot « écologique » à l'Indice de progrès humain en effet.

2/ La démocratie est le seul moyen de garantir une action qui se déploie dans les quatre orientations posées. Elles pourraient correspondre à quatre ministères, par exemple.

3/ Sur la question de la croissance, il faut que se développent toutes les activités qui créent du lien humain.

4/ Il faut poser clairement que le principe de l'économie de marché, et la généralisation de la relation contractuelle à tous les niveaux de la société, sont une horreur. Au reste, si l'on regarde comment fonctionne l'économie aujourd'hui, on s'aperçoit dans, dans une entreprise, par exemple, les relations entre les personnels ne sont pas régies sur le mode du contrat, mais selon un schéma hiérarchique : l'idée que la relation contractuelle serait l'essence même de l'économie actuelle n'est pas seulement scandaleuse, elle est aberrante, et démentie par la réalité même des choses. Les décisions économiques ne passent pas aujourd'hui par des marchés, mais par des pouvoirs. La répartition des richesses, l'économie, le système de la monnaie, doivent échapper à la libre négociation, et devenir le fait d'une économie plurielle et démocratique.

Franck Pupunat (PG)


Il faut en effet rappeler que ce texte est un brouillon, et la qualité, la densité des débats qui ont lieu aujourd'hui montrent qu'il va falloir l'amender. Le terme de planification ne m'était pas a priori familier : j'appartiens à la « deuxième gauche » ; pourtant je suis convaincu aujourd'hui que c'est exactement ce qu'il faut faire.

Sur la question du développement, en revanche, on voit bien qu'il se pose un réel problème. Je partage totalement ce que disait Martine sur la question de la frustration dont souffre une majorité de la population dans nos sociétés mêmes. La priorité, pour toutes ces personnes, reste la satisfaction des besoins fondamentaux. Il ne faut pas confondre deux problématiques : celle de l'abondance, qui est illusoire, et entretient le désastre écologique ; et celle de la répartition des richesses. Certains secteurs doivent progresser ; d'autres subir une diminution. S'agissant de la décroissance, je crois que c'est un mot-obus, qui a eu un effet déterminant dans le déclenchement de la réflexion sur l'urgence écologique. On peut être redevables, intellectuellement, à ces objecteurs de croissance pour avoir nourri notre réflexion.

Hervé Kempf (journaliste et auteur)


Je ne suis pas favorable à la décroissance, à ce mot en tout cas. Le problème qui se pose est d'abord celui de la baisse de la consommation d'énergie - question qui vient trop loin dans le texte. Il faut pouvoir répondre à des gens comme mon ami Guillaume Duval, d'Alternatives économiques, qui se braque si je lui parle de décroissance. Il faut de la croissance, il faut une croissance du PIB, mais dans les secteurs du lien humain, des services sociaux. La question fondamentale est la répartition des revenus. Il faut aller chercher l'argent où il est, par une fiscalité égalitaire. L'agriculture est en effet au cœur de la question, comme le rappelait Thierry. Je citerai l'exemple de l'Inde, où les secteurs industriel et tertiaire ne suffisent pas à employer tout le monde : c'est l'agriculture qui maintient l'économie indienne. Je crois enfin que l'économie de marché doit être maintenue ; on ne doit pas retomber dans le piège qui a causé la chute des Etats socialistes, par une planification excessive.

Jean-Luc Mélenchon (PG)


Je suis ravi que la question des mots, du sens des mots, ait été posée ce matin. Elle est fondamentale. La raison doit, en effet, rester au poste de commandes. Je crois qu'on peut tomber d'accord sur le principe d'une croissance et d'une décroissance conjuguées selon les secteurs. Ce qu'il faut, c'est avant tout rompre avec le phénomène de la surconsommation ; les magazines people qui posent en modèle de vie l'existence somptuaires des propriétaires de yachts, encouragent un mode de vie qui perd et la société, et l'environnement. La prise en compte des indices existants me paraîtrait déjà être un progrès énorme : l'IDH, par exemple, si on l'appliquait à bien des communes en France, surprendrait par les résultats qu'on obtiendrait. Le principe de l'autosuffisance serait celui qui pourrait « ouvrir l'ère moderne », pour reprendre l'expression de Goethe après Valmy. Il faut rappeler, concernant ce problème des comportements qui a été évoqué, que dans son rapport à la Nature, l'homme est encore guidé par des principes culturels. Même le rapport aux fonctions existentielles, boire, manger, est culturel - Marx l'avait déjà posé au fondement de sa réflexion. Enfin, l'homme vit en empathie avec tous les autres hommes, contrairement à ce que voudrait nous faire croire une idéologie néolibérale de la guerre de tous contre tous. L'homme ne peut vivre bien qu'en rapport harmonieux avec tous ses semblables. Or le moyen pour lui d'être en contact avec les autres hommes, c'est le langage, d'abord le langage : d'où l'importance de la rigueur dans les termes et les concepts.


14h-15h30 Organiser la planification écologique

Avec Jacques Rigaudiat (PG), Laurent LEVARD (PG).

Marc Dufumier (Agronome et professeur d'agriculture comparée et de développement agricole) et Anne-Marie Likiernik (PG) sont excusés en raison de la tempête dans le Sud Ouest...

Jacques Rigaudiat (PG)


Il y a actuellement une grande nécessité de retrouver des lieux de débats intellectuels qui permettent de refonder les politiques.

Alors que la France est le pays de la planification indicative, le commissariat au plan a été supprimé récemment par le gouvernement de Nicolas Sarkozy.

Pourquoi est-il important de planifier ? La planification permet de s'opposer à la logique du marché. Elle permet de dépasser le capitalisme, dans le sens ou elle s'oppose à la généralisation de la logique de marché dans tous les domaines, et notamment sur le marché du travail. Il devient nécessaire aujourd'hui de sortir le travail de sa réduction à une simple marchandise.

Par ailleurs, la volonté d'émancipation de l'être humain fondée sur la reconnaissance des besoins fondamentaux implique la reconnaissance d'un certain nombre de services collectifs, de biens universels soustraits à la logique de marché.

Les équilibres de notre planète sont délicats et donc facilement perturbés et risquent donc d'être irréversiblement détruits. Ils relèvent de questions durables de très long terme, qui doivent être organisées donc planifiées. Le marché, par contre, est myope et s'inscrit dans un temps court : l'organisation est donc nécessaire à une vision à plus long terme. Les choix doivent être globaux, et ne peuvent pas s'inscrire dans une réflexion limitée comme celle du grenelle de l'environnement. Les exigences écologiques doivent être partout.

Comment planifier ? Le processus est  démocratique, pas technocratique. Il se base sur une vision de la planification qui dépasse la peur du totalitarisme, et s'appuie sur des indicateurs.

  1. Les ONG, les syndicats et l'ensemble des organisations sociales doivent être concertées. Cet éclairage peut se réaliser à travers deux mouvements : un temps long, sur 15 à 20 ans, qui permet « d'éclairer l'avenir » ; des travaux programmatiques sur 5 ans, qui sont validés par le parlement.
  2. La planification engage l'ensemble de la société et l'Etat, à travers des lois de programmation quinquennales, une voie contractuelle avec les entreprises et les ONG, et des aides publiques que l'on subordonne à des engagements.
  3. Enfin, il est nécessaire d'abandonner le PIB pour laisser place à une batterie d'indicateurs. En effet, le PIB ne correspond à une évaluation de la valeur que par le prix ; des indicateurs multiples permettront de mesurer la valeur avec d'autres éléments.

En conclusion, il est nécessaire d'échapper à la logique du marché pour « remettre le politique aux postes de commande », ce qui passera par une planification.

Laurent Levard (PG)


Un argument central de la catastrophe écologique est la dégradation des systèmes de culture, qui est liée au capitalisme et à la crise sociale et écologique.

L'agriculture produit et entretien l'objet du travail. Elle nécessite un arbitrage entre maximisation de la production et pérennité du système. L'introduction du capitalisme, notamment dans les pays du Sud, introduit une logique de court terme : l'entrepreneur mobilise un capital, qu'il peut déplacer à tout moment,  une logique opposée à la logique de l'agriculture familiale et paysanne qui doit récolter les fruits de son travail à long terme.

L'intégration des marchés internationaux dans l'agriculture familiale a développé la mise en concurrence d'agriculteurs qui ont des productivités allant de 1 à 1000. La libéralisation des marchés agricoles a généré une crise économique, sociale et écologique. Elle a eu des répercussions sur l'ensemble de la société : l'exode rural, la surpopulation urbaine et le chômage ont favorisé la pression à la baisse sur les salaires. Cette évolution a eu un impact sur les modes de production et de consommation, ainsi que sur la contamination des terres. Elle a également provoqué des effets pervers sur les petites structures agricoles, fragilisées par l'exportation.

L'impact de cette évolution de l'agriculture sur les pays en développement a été très fort, favorisant la société de consommation. Il a également des implications énergétiques importantes : il faut 100 fois plus d'énergie pour produire une protéine animale qu'une protéine végétale. Schématiquement, on en revient à une situation telle que « les agriculteurs du sud produisent des végétaux pour permettre aux consommateurs du nord de manger de la viande ».

Enfin, la question des OGM s'inscrit dans cette logique de court terme qui a permis l'appropriation marchande du vivant.

Pour conclure, au  niveau international, il est primordial de protéger l'agriculture paysanne du sud à travers la souveraineté alimentaire, à l'inverse des logiques impulsées par le FMI et l'OMC. Il est également nécessaire de faire reconnaître des normes de production internationales.

En Europe, la PAC permet actuellement d'importer des produits indépendamment de leur nature, et d'exporter des produits sans tenir compte de leur impact sur les autres pays. La politique agricole commune doit donc être réorientée vers un mode de production protecteur de l'environnement. Un moratoire européen sur les OGM devrait, par exemple, être exigé.

Au niveau national, la PAC devrait permettre de réorienter un certain nombre d'aides, notamment vers les circuits courts et l'agriculture biologique. On pourrait par exemple stimuler le marché de l'agriculture biologique en l'instaurant dans les cantines scolaires grâce aux subventions. Il existe donc une certaine marge de manœuvre en France malgré les engagements internationaux.

Débat avec la salle


  1. Quelle mise en œuvre de la concertation sur les indicateurs ? Il est nécessaire de démocratiser ce débat, en l'ouvrant à l'ensemble de la population et pas seulement par un débat d'élites. Par ailleurs, un indicateur agrégé plutôt que plusieurs indicateurs, serait plus visible auprès de l'ensemble de la population, car il est mieux « médiatisable ».
  2. La question des indicateurs uniques ou d'une batterie d'indicateurs se pose : l'indicateur de progrès humain ET écologique (IPHE) réunit un ensemble d'indicateurs et propose un projet de société. Par ailleurs, il faut aujourd'hui concilier les contradictions entre le temps court et le temps long, ce qui peut se réaliser par une écoute du peuple, et un repositionnement permanent qui permettra d'organiser démocratiquement la planification écologique.
  3. Johan (Amiens) : Les questions écologiques étaient, au départ, secondaires par rapport aux questions sociales pour le comité d'Amiens. Ce sont de nouveaux adhérents qui ont insisté pour cette participation au forum.  Qui est responsable du désastre écologique ? C'est un résultat de la logique de domination.  Il faut donc dans un premier temps aider les pays du tiers monde à se développer. Le comité attend plus de réponses sur les problématiques précises de l'écologie.
  4. Daniel Bernard, PG, Maire adjoint à la ville de Bagnolet. L'organisation du territoire doit être prise en compte dans la mise en place de la planification écologique. Il soulève notamment les contradictions entre les lois européennes et le besoin de service public qui permettra une gestion des villes au niveau global.
  5. La crise écologique redonne du sens au caractère progressif de la fiscalité. Celle-ci doit être étendue aux besoins fondamentaux.  La problématique de l'usage et du mésusage doit être traitée.
  6. Florence (Essonne). Ecologue. La biodiversité : quelle menace pour l'homme ? 3 niveaux de développement biologique : le développement génétique, le développement des espèces  et le développement des écosystèmes, qui sont tous liés entre eux. Cette notion doit être intégrée dans la planification écologique, à travers des mesures comme les assainissements naturels et la polyculture.
  7. Nicolas ( Seine St Denis). Gestion de l'eau : retour en gestion publique. La captation de la gestion de l'eau par des entreprises privées s'est réalisée progressivement depuis 1945 dans les collectivités et les communes. Cette question, qui s'était dépolitisée, doit être remise au cœur des politiques (bien public, gestion républicaine avec la péréquation tarifaire). L'éducation et la formation des citoyens jouent également un rôle important.
  8. Hervé (Mayenne). Sortir du nucléaire, se rapprocher des associations. Est-ce que cela fait partie de nos combats au parti de gauche ? Il faut « oser plus » dans ce domaine.

Jacques Rigaudiat : synthèse


Il n'y a pas eu de remise en question du terme « planification » dans les débats. L'aménagement du territoire a été cité comme élément manquant du texte, il faudra le prendre en compte, tout comme l'eau, l'agriculture biologique, les cantines, qui ont été cités dans les interventions. La question du nucléaire doit également être étudiée sérieusement.

Cette planification devra se faire avec, au cœur de ce processus, une place essentielle à la démocratie.

 

16h-17h30 Agir maintenant en France et en Europe

Avec Martine Billard (Députée des Verts de Paris), Corinne Morel Darleux (PG), Eric Coquerel (PG), Jean-Luc Mélenchon

Corinne Morel Darleux (PG)


La crise écologique oblige à produire des réponses et des alternatives au système actuel, donc de revoir (entre autres) en profondeur le mode de consommation, de développement et de production.

Au PG, cet impératif écologique nous donne a minima 3 axes de travail :

1- Mettre en place d'un « alterdéveloppement »

2- Mener une bataille éthique (sur les modes de vie individuelle) et culturelle (sur les valeurs sociales),

3- Concevoir et mettre en œuvre une planification écologique.

Dans ce travail d'élaboration sur un long terme (jusqu'au congrès de fin 2009), ces trois axes sont liés intrinsèquement.

Mais les élections européennes nous obligent également à mettre en avant des propositions concrètes de manière immédiate pour montrer et affirmer fermement notre positionnement. Ces propositions doivent porter sur la réalité actuelle comme par exemple :

  • « Alterdéveloppement » comprend la justice sociale donc l'accès aux droits fondamentaux (l'eau, l'électricité, mais aussi transports, communications, etc. ) avec entre autre la mise en place d'un minimum gratuit financé par la sur-facturation du mésusage des ressources (eau, énergie).
  • Des propositions pour développer des alternatives aux transports, une réflexion sur l'usage individuel de la voiture : comment sortir du « tout automobile » ? Comment reconvertir l'industrie automobile ? Ce qui est l'opportunité pour montrer qu'écologie et social sont possibles ensemble.
  • Revoir le transport routier (développement du rail, relocaliser la production etc. ).

Pour les employeurs : imposer la prise en charge des déplacements.

  • Remettre en cause la construction européenne dont la construction politique va à l'encontre de l'écologie en privilégiant le libre échange. Il faut affirmer que le Traité de Lisbonne est un frein à l'écologie. Il faut combattre la domination des lobbies contre l'intérêt général.
  • Réorienter la Politique Agricole Commune vers l'agriculture paysanne, en tenant compte de la taille des exploitations et de la qualité des produits pour inciter à la création d'exploitations plus petites, locales, moins intensives et plus respectueuses de l'environnement. Lutter contre les OGM. Préserver la biodiversité.
  • Proposer une fiscalité environnementale comme la mise en place d'une taxe carbone en prenant en compte l'impératif de justice sociale.
  • Faire des propositions sur les énergies : développement des énergies renouvelables, développement de la recherche (nouvelles énergies, sobriété et économie, aides à leur mise en place, sortie progressive du nucléaire). Le but : consommer moins et mieux l'énergie pour réduire l'empreinte écologique.

Pour conclure :

Le PG doit produire un programme bâti sur une idéologie solide, ouverte et novatrice, mais également aller sur le terrain concret dans des propositions claires et précises : c'est à dire faire de la politique, et non pas seulement du débat d'idées.

Éric Coquerel (PG)


Le diagnostic de la crise du capitalisme provoque 3 urgences : sociales, économiques et écologiques. Toutes liées les unes aux autres.

Comme à toutes les crises, il s'opère une remontée des problèmes qui apparaissent dans leur globalité.

Cette crise nous révèle que le problème dépasse le cadre de l'état, car toutes les urgences sont transnationales : elles n'ont pas de frontières. Raison pour laquelle le PG s'engage sur le dossier européen en dénonçant que le Traité de Lisbonne, avec sa logique du libre échange, est en contradiction totale avec l'intérêt général des populations.

De fait, il est essentiel de mettre en avant que la politique d'accompagnement n'est plus possible : il y a la nécessité d'une rupture politique majeure, c'est à dire une programmatique élaborée et forte qui pense le système de manière globale. Ce programme, il faudra le répandre, le porter, le défendre. Sur ce point, les mobilisations sociales actuelles sont essentielles, mais faute d'avancées politiques concrètes, ces mobilisations s'essouffleront. Il faut donc briguer des mandats pour gouverner et légiférer.

Pour cela le PG s'est engagé sur la construction d'un front de gauche sur les bases de la campagne de 2005. Il en va de la crédibilité face à tous ceux qui ont refusé le TCE en 2005.

Ce front est nécessaire pour assurer une rupture. Cette rupture nous est notamment renvoyée par l'urgence écologique : nous devons rompre avec la construction européenne telle qu'elle est menée aujourd'hui. Il faut donc rompre avec le dogme de la croissance et assurer le bien être des populations.

Pour mener cette politique immédiate, il faut obtenir un maximum de mandats aux élections européennes pour peser. D'où ce front qui permettra alors de changer le cadre européen formaté par le libéralisme, mais qui permettra également de changer le visage du champ des partis politiques en France : nous devons être majoritaire à gauche ! Donc la question du front ne peut être résumée à un coup électoral aux élections européennes puisqu'elle engage également la politique nationale, c'est à dire les élections qui suivront après les européennes. Car si l'UE est aujourd'hui déterminante, il y a toujours une marge de manœuvre nationale que nous devons exploiter à son maximum pour peser sur l'orientation politique de notre pays et de l'UE.

Pour cela, le front PC-PG a engagé des discussions avec les Verts, le NPA, le MRC et les alternatifs. Les contacts se font sur une base durable : pas de coup électoral, pas d'instantané ! Il faut une refonte profonde donc la nécessité d'un front qui perdure dans le temps entre les familles de la gauche.

Face à l'UE, il faut se rappeler que la voix de la France pèse, que plus nous nous ferons entendre, plus notre message passera les frontières, se propagera en Europe et produira des effets qui nous conforteront et consolideront des politiques en faveur des populations. Pour cela, il faudra aller contre la Commission Européenne, quitte à bloquer les institutions. Mais c'est le but d'une politique de rupture que de savoir s'opposer pour proposer une autre voie.

Martine Billard (Députée de Paris, les Verts)

J'ai accepté votre intervention à intervenir dans ce forum car « l'écologie ne doit  pas être un ghetto ». Parler d'écologie est positif partout où cela est possible, et c'est la seule façon de convaincre toujours plus de monde.

Je ferais plusieurs remarques à propos du  texte préparatoire au forum proposé par le PG :

-                    Attention à ne pas faire de l'UE une forteresse : la collaboration doit se faire entre les pays du Sud et du Nord. Il est impératif de penser l'écologie dans sa globalité et il n'y aura pas de sauvegarde de l'environnement sans la question des échanges Nord-sud.

-                    La liaison entre écologie et social : jusqu'à présent il y avait plutôt une juxtaposition, mais aujourd'hui il faut mettre en avant la liaison et l'imbrication de ces deux composantes si l'on veut répondre correctement à la globalité de la crise que nous avons à affronter. La crise actuelle du capitalisme a une spécificité nouvelle en ce qu'elle se heurte à la crise écologique, aux limites de la planète. L'environnement peut se faire sans social, Aujourd'hui des maires de toute couleur politique (socialiste, communiste et y compris UMP) prennent en compte la dimension environnementale (collecte sélective des déchets, bâtiments HQE etc ..), y compris Mac Do commence à faire cela, ce qui ne l'empêche pas de continuer à faire de la mal bouffe et d'exploiter ses salariés. Se préoccuper de l'environnement est positif mais insuffisant car cela ne change pas pour autant le modèle de production et de consommation. On peut être libéral et se préoccuper d'environnement, comme on peut être anti-capitaliste et ne pas comprendre l'importance de la question écologique. Et pourtant ce sont les classes populaires qui payent le plus la dégradation de l'environnement. L'environnement, ce n'est pas quelque chose en plus qu'on traite quand on a réglé la question sociale. D'où l'impérieuse nécessité d'une réponse écologique globale intégrant les réponses sociales faute de quoi ce sont encore les classes populaires et les pays du Sud qui paieront le prix fort de cette crise.

-                    Un fil conducteur important parce qu'il est à la fois précis et simple (donc accessible aux individus-citoyens) : l'empreinte écologique. Nous devons réduire notre empreinte écologique. Pas seulement pour la planète qui continuera à exister, mais pour la survie de l'humanité qui est menacée.

Nous produisons trop (et consommons trop... ), nous puisons trop dans les ressources. Et par voie de conséquence logique : nous fabriquons trop de déchets.

À l'échelle de la planète : il faut 1,3 planètes pour satisfaire la population mondiale. Mais pour la France, l'empreinte écologique est de 3 planètes ( 5 pour les USA ! ) Donc, cyniquement, on pourrait dire que, « fort heureusement, il y a des pays pauvres pour éviter que nous ne sombrions dans le désastre ! » D'où l'importance d'inclure les relations Nord-Sud dans une planification écologique.

-                    Le texte propose une analyse trop exclusivement systémique et économique : « le capitalisme est seul responsable ! » Il ne faut pas écarter les habitudes de consommation, les styles de vie : il faut donc poser  la question des modes de vie, donc de l'individu et de ses référents (ie. ce qui le guide dans ses choix de vie : c'est la base de la domination de la consommation). Une analyse qui rend uniquement responsable le système capitaliste sous-estime le facteur aliénation et donc ne se donne pas les moyens d'intervenir sur les modes de consommation.  Il faut par exemple arrêter de consommer des produits hors saison pour ne pas importer des fruits de l'autre bout du monde. Au moins pour ceux qui en ont les moyens, car d'autres sont plutôt dans la mal bouffe faute d'avoir les moyens financiers d'acheter des produits de qualité.

  • - Il faut aller à la source des problèmes : juguler les problèmes ne suffit pas. Une pensée écologique va à la cause, et ne se contente pas de répondre au problème. Face aux valeurs de consommation avec lesquelles le libéralisme éduque et impose sa vision de la vie individuelle, il faut être en mesure de proposer des alternatives qui ne soient pas basées sur l'accumulation des biens («être» ne doit pas rimer avec «possession»).
  • - la question de la santé est absente du texte préparatoire. Il faut la réintégrer car il n'y a pas de solutions à terme face à l'explosion des maladies comme le cancer ou les maladies neuro-dégénératives par exemple si on ne voit pas les causes de ces maladies: stress de la vie (et pas seulement dans les conditions de travail), alimentation, produits toxiques, etc.

-                    Articuler l'action politique : construire au « jour-le-jour », mais aussi préparer les grandes ruptures. Pour les décisions au jour-le-jour, il faut parfois composer pour gouverner, mais pas à n'importe quel prix, Et encore moins avec le seul objectif de se maintenir comme élu. Ne pas « faire des compromis pourris »! Il y a donc un débat entre l'écologie d'aménagement et l'écologie de transformation ; le PG affirme  ce second choix, avec lequel je suis d'accord. Mais cela ne doit pas pour autant entraîner le rejet des avancées  même modestes qui peuvent être obtenues dans la gestion au quotidien.

-                    Un mot sur le Grenelle de l'environnement : il a été positif en permettant de réunir des acteurs qui ne s'étaient jamais parlé, en mettant en présence des personnes et des opinions parfois très différentes mais qui avaient à cœur de trouver des solutions (ONG, syndicats, entreprises, élus). Ce qui est sorti de ce Grenelle est par contre dérisoire en terme de solutions, mais il fallait y aller pour travailler ensemble.

-                    Ré-inclure la problématique Nord-sud, notamment avec le problème des déchets : nos pays sont de plus en plus propres parce qu'ils exportent leurs industries polluantes notamment vers l'Asie et leurs déchets polluants vers les pays les plus pauvres notamment l'Afrique. Il y a donc la problématique des industries polluantes qu'il faut reconvertir.

  • - L'automobile est un secteur emblématique : Il faut réduire l'utilisation des véhicules motorisés au strict nécessaire et trouver des motorisations dégagées du pétrole et des biocarburants. De ce point de vue il est scandaleux que la prime à la casse soit pour l'achat de véhicules émettant moins de 160 g de CO2 au km alors que norme européenne bientôt applicable sera de 120 g. Mais il y a des milliers de salariés dans ce secteur et en attendant ces véhicules moins ou non polluants, il faut proposer une reconversion du secteur qui garantisse un emploi aux salariés actuels. Une des pistes peut être l'augmentation de la production de tramways, de TER, de bus non polluants, de wagons de métros, dont on a un énorme besoin immédiat quand on voit l'état des infrastructures ferroviaires.
  • - Sur l'UE : avant l'arrivée de José Manuel Barosso la construction européenne a permis d'influer sur la politique environnementale en France, car la France était très en retard ! Voilà pourquoi beaucoup de «Verts» ont soutenu l'UE. Depuis l'arrivée de Barosso : il y a un recul du fait de l'orientation libérale. Il y a notamment recul sur les OGM, le bio, les énergies et la relance du nucléaire à l'échelle de l'Europe.

-                    Sur les énergies : il faut aller vers la sobriété, puis les énergies renouvelables. Là encore : il faudra proposer des alternatives aux modes de vie actuels pour ne pas braquer les gens. On peut consommer moins et vivre bien.

-                    Sur le dossier du nucléaire : il faut expliquer pourquoi le nucléaire n'est pas la solution  (mobilisation contre l'EPR), mais aussi dénoncer  l'exportation de notre industrie nucléaire à l'étranger. Voilà pour mes remarques sur le texte proposé.

Sur le vote favorable des Verts au Traité Constitutionnel Européen, il provient du fait que l'UE a été un vecteur environnemental. Attention à ne pas stigmatiser tous les écologistes qui ont voté oui au TCE. Il y a « des » oui anti-libéraux même si cela est parfois difficile à comprendre hors de la culture écologique ! Il faut être attentif à ces électeurs et comprendre qu'il est nécessaire de réconcilier la gauche anti-libérale avec l'écologie, et de montrer qu'un tel rapprochement est possible et qu'il est même parfaitement logique.

Enfin, je voudrais dire que je considère positif l'apparition du PG et sa volonté de prendre à bras le corps l'écologie, en affirmant clairement sa volonté du lien indissociable entre social et écologie, combat que je mène pour ma part depuis des années au sein des Verts et je ne peux donc qu'être heureuse de voir ce combat repris aujourd'hui par une nouvelle force politique. Mon seul regret est que cela n'apparaisse pas, sous une forme ou sous une autre, dans le nom du parti.

Jean-Luc Mélenchon (PG)


Trois éléments importants à noter dans le contexte de globalité du combat à mener qui sont mis en avant la problématique écologique :

  • Une période de crise est une période qui amène un changement radical. Nous ne pourrons éviter la crise ! Donc agissons pour le changement qui arrive se passe dans le sens que nous voulons, c'est à dire celui des populations et de la préservation de l'écosystème. Cette crise ne doit pas nous abattre ! Elle est l'opportunité d'un changement radical que nous devons saisir.
  • Il y a une bataille pour arracher les individus à la domination qui leur a été inculquée. Exemple de ce qui est « beau » et qui devrait couter cher et n'être que l'apanache des riches, et exclure les pauvres de cet apprentissage qui élève la vie individuelle, donc collective. Exemple de l'architecture, pour lequel on voit que les logements sociaux doivent être construits pour être « moches » : ce choix de la laideur est idéologique. Il ramène l'individu qui vit dans cette laideur à sa propre conception de sa vie personnelle et intime. Il faut penser ces questions, rentrer dans cette bataille culturelle et éthique car elle suppose la domination intellectuelle et physique. Le libéralisme veut des esclaves : il fait en sorte d'inculquer des valeurs d'esclaves, et par tous les moyens il les grave dans la chair des gens. Une rupture politique ne peut être possible que si elle s'accompagne d'une rupture sur le plan des valeurs, donc par la compréhension de ces mécanismes.
  • La création du PG et du front de gauche est une opportunité pour la tradition de la gauche française : celle de changer la donne et notamment de changer les rapports entre les différentes familles de la gauche. Nous pouvons ne pas être d'accord, c'est notre droit ! Mais nous n'avons plus à perpétuer les querelles de clocher, les rivalités claniques, autant de traditions qui ont morcelé la gauche. Nous avons à dialoguer, à nous enrichir, à confronter nos arguments pour progresser et aller de l'avant. Le PG s'inscrit dans cette dynamique.

Débat avec la salle


1) Analyse de l'indicateur pour les politiques publiques : le choix du PIB est révélateur d'une vision de la société : quelle société ? Quels types d'individu ? Quels mœurs ? Quelles valeurs de vie ? Quels référents ? Comment allons nous répondre à ces questions ?

On ne peut se contenter de seulement produire des indicateurs, il faut travailler à comprendre ce qu'il sous-entendent ! Les pays d'Europe de l'Est avaient des indicateurs également accès sur la production industrielle ; et malgré un système économique différent, ils sont arrivés au même désastre écologique. Donc le capitalisme n'est pas la seule explication.

2) Internet a été une arme considérable dans la bataille populaire de 2005 : le réseau a permis la mobilisation, l'action, l'entraide, le débat et l'appropriation du savoir par les citoyens. Il faut tirer les enseignements en terme de moyens :

  • D'abord protéger ce moyen de communication qui va être jugulé tant il est une menace réelle pour les dominants.
  • Ensuite comprendre les enjeux de cet espace : échange d'informations, débats, possibilité de mise en commun des ressources et gratuité. Le Livre d'André Gorz sur « L'immatériel » expose ces thèses et la révolution conceptuelle qu'internet implique en terme de valeurs de vie, non plus basée sur l'accumulation de biens, mais sur l'échange. Il y a la distinctions entre les biens (à valeur monétaire) et les vraies richesses (amitié, communication, échange, solidarité, plaisir, etc. ). Il y a une mine à explorer pour proposer une alternative de vie, y compris jusque dans le « copyleft » avec l'exemple du logiciel libre : il y a un terrain propice à montrer que d'autres valeurs de vie individuelles (par rapport à soi-même) et collectives (soi par rapport aux autres) sont possibles hors celles défendues par le libéralisme (ie. possession, accumulation, argent-roi, règne de « l'avoir » sur « l'être», prédominance du temps court, etc. ) ; valeurs cultivées par le libéralisme parce qu'elles le rendent indispensable et donc acceptable (malgré ses coûts humains et écologiques) dans l'esprit des individus endoctrinés.

3) La mise en place de la planification va attaquer de front les valeurs de vie des gens (valeurs individuelles et valeurs collectives). Dans ce contexte, l'alternative est claire :

  • soit la gauche n'a pas réfléchi à cette question et alors sa planification va braquer les individus, et la gauche perdra à nouveau,
  • soit la gauche entre également sur le terrain de la réflexion culturelle (valeurs de vie de la société) et éthique (valeurs de vie de l'individu par rapport à lui, au monde et aux autres), et alors la gauche sera en mesure de proposer des alternatives de vie, des modifications et des solutions à la frustrations des gens qui ne pourront pas continuer à mener le mode de vie que le libéralisme leur a inculqué.

La frustration individuelle, même généralisée, ne peut se résoudre par une réponse sur le « global » (économie, social, etc.). Il faut accepter le terrain de l'individualité et répondre à ses exigences. Une politique de rupture doit avoir des propositions alternatives si l'on ne veut pas braquer les individus.

C'est un virage important qui peut marquer la rupture avec la tradition de l'ancienne gauche (XXieme siècle) qui posait que le collectif apporterait toutes les solutions. D'où son retard perpétuel face au capitalisme qui lui a toujours travaillé les valeurs de vie des individus :

  • par rapport à soi-même : l'argent, la possession, l'accumulation identifiées au « bien être » (c'est l'éthique du « consommateur »).
  • par rapport aux autres : vision sécuritaire, règne de la peur et de la méfiance à l'égard d'autrui (qui a pour conséquence directe de rendre impensable la solidarité puisqu'elle repose sur la confiance, et que l'action politique suppose le « courage » comme exemple, non la peur comme normalité ).

Reconnaître l'erreur de la gauche du XXeme siècle sur ce terrain, c'est l'opportunité de faire accepter la planification écologique, d'aller battre le libéralisme sur son terrain fondamental (la culture et l'éthique de vie), de renouer avec la totalité de l'héritage de Jean Jaurès et de Louise Michel (le collectif et l'individu), et de créer une tradition pour la gauche du XXIème siècle source de réflexions sur l'existence, donc d'avoir des individus-citoyens « créateurs » plutôt que « consommateurs » (c'est à dire « passifs ») dans la construction de leur propre vie, donc dans leur vie sociale.

Question : si le citoyen est un individu autonome dans sa pensée et dans la construction de sa vie, le PG peut-il poursuivre sur la voie de la gauche du XXeme siècle et ramener les problématiques liées à l'individu à une simple réflexion sur le collectif ?

4) L'enjeu des ressources : il faut gérer le gaz, le pétrole et le charbon par rapport aux immenses besoins actuels et à venir. Il faut également inclure dans la planification écologique ce que l'on fera demain pour palier à la raréfaction (et notamment qui sera prioritaire ? Et pourquoi ?).

5) La maitrise de la technologie (notamment dans le nucléaire) doit faire partie des enjeux : assurer l'éducation et la formation, l'application et le contrôle de cette technologie, l'expertise.

La technologie suppose également d'assurer la recherche publique (du fondamental à l'application) et d'expliquer le pourquoi de cette recherche publique. Il y a un enjeu idéologique à comprendre toutes les implications de la recherche, du savoir, des échanges.

Le parallèle peut être fait avec la notion de « gratuité » (et l'exemple d'internet). Ce champ amène à définir la notion du savoir comme un bien commun (lien avec le « copyleft »), avec la création de « richesses » au détriment de ce qui a de la « valeur monétaire ».

6) Sur l'agriculture : exemple sur la coopération des individus-citoyens pour se mobiliser et aller dans le sens du fonctionnement coopératif, de proximité, d'une relocalisation de l'agriculture.

Deux questions :

  • quid du modèle coopératif ? qui suppose l'échange entre citoyens, la mise en commun, la concertation, etc.  Autant d'éléments qui minent les valeurs de vie prônées par le libéralisme.
  • quid de la propriété du sol ? ... Dans une pensée écologique globale, y a t-il quelque chose à creuser sur cette question ? Le sol, les montagnes, les forêts, (l'air ?!), la mer, le ciel : quel statut pour ces biens communs ? Cela rejoint le fait que la préservation de la biodiversité n'est pas tant un problème de survie, qu'une question d'éthique fondamentale.

17h30 Synthèse et clôture du Forum

François Delapierre (PG)


Points essentiels :

  • Il y a une contradiction majeure dans la pensée capitaliste : il faudrait sauver le capitalisme malgré lui donc sauver sa locomotive (les USA) en relançant sa consommation, pour permettre de sauver les économies de production du monde entier. Pour cela, il faut financer la relance de la consommation nord américaine par l'endettement des USA auprès des pays qui leur vendent des produits. Ce cercle n'a qu'une fin : la ruine des populations et de l'écosystème. Karl Polany explique que le capitalisme vit à « crédit sur les générations futures8 » : ce principe est inacceptable d'un point de vue social, individuel et écologique.
  • Une politique de rupture est une redéfinition des normes et de la priorité dans laquelle elles s'exercent ! Norme écologique > norme financière, norme de la loi > norme du contrat, norme démocratique > norme « tyrannique » (confiscation du pouvoir de décision), etc.

Il y a donc redéfinition d'un ensemble de priorités. Cette redéfinition des priorité n'est pas neutre : elle est subjective car elle incarne directement les visées politiques qui sont les  notres et qui sont contraires aux visées politiques du capitalisme et à l'ordre des priorités qui est le sien.

  • La place de l'éducation est déterminante : elle sous tend la capacité des gens à réfléchir et construire ensemble, la possibilité de l'individu à se lier à d'autres, enfin elle permet de construire sa vie personnelle et par là même de se demander si l'accumulation de biens (qui est le système de valeurs individuelles prôné par le capitalisme) est véritablement le modèle qui le rendra heureux. Les enjeux sont culturels, car ils supposent des réflexions sur la société ; ils sont éthiques, car ils supposent que chaque individu puisse être armé pour construire et penser sa vie personnelle, et comprendre son interaction avec les autres suivant d'autres repères que ceux de la lutte, de la méfiance, de la prédation et de la concurrence permanente ; autant de mœurs de vie individuels dont le capitalisme a besoin pour asseoir sa domination. Le capitalisme est la traduction politique d'une culture et d'une éthique de la possession et de l'accumulation.
  • Dans cette bataille, deux éléments fondamentaux :

1- « L'intérêt général », qui ne peut pas « être imposé », mais seulement « compris et souhaité » par les individus-citoyens parce qu'il est la possibilité d'assurer le cadre de vie qui est le leur. C'est l'exercice de la citoyenneté qui donne du pouvoir à l'individu, et lui permet de construire son cadre de vie, non en concurrence avec les autres, mais en collaboration avec les autres.

2- Placer « la raison au dessus du règne de la pulsion ». Cette option va de pair avec la possibilité de penser dans le temps à différentes échelles (l'instant, le moyen terme, le long terme). Alors que la pulsion est le règne absolu de l'instantané, donc de l'absence de décision pour l'avenir (puisque la notion de temps n'existe pas).

  • La planification est rendue possible parce qu'elle suppose la perception du temps, donc une culture et une éthique autres que celles désirées par le capitalisme. La planification est la possibilité de construire sur le long terme, de penser les changements de société. Elle est aussi la possibilité d'arracher à l'instantanéité du marché le droit de décider, là où les vies humaines sont en jeu (exemple du marché du travail et de l'automobile où les reconversions ne doivent pas être laissées à l'abandon, c'est à dire au marché du travail, mais pensées et accompagnées).
  • Il faut rendre centrale la question de l'écologie parce que l'écosystème est ce qui décide de notre vie ou de notre disparition. Il est la contradiction ultime du capitalisme, celle qui montre que sa logique ne peut fonctionner. Voilà pourquoi la préoccupation écologique est par nature « contagieuse » : l'aborder pleinement conduit, de fil en aiguille, à la remise en cause globale de la totalité du système capitaliste : de ses logiques macroscopiques (flux financiers, structures sociales, etc. ) jusqu'à ses usages microscopiques (valeurs de vie avec lesquelles l'individu guide son existence).
  • Notre conception de l'écologie est une conception de transformation, non d'accompagnement. Pour cette raison, les questions du développement durable et de l'écologie ne sont pas des questions « satellites » (loin en orbite) par rapport aux préoccupations centrales du PG : elles sont au cœur de la politique de rupture qui doit être édifiée, discutée et porter démocratiquement par les citoyens libres et éclairés.

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