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Front de Gauche : ce qu’en disent les autres pays

 

Quel regard la presse internationale pose-t-elle sur la campagne du Front de gauche et la personnalité de Jean-Luc Mélenchon ? Pauline Graulle a réalisé pour Politis.fr sa revue de presse, dictionnaires en main.

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Inconnu il y a encore quelques semaines, Jean-Luc Mélenchon est désormais (presque) partout dans la presse étrangère. Les reportages dans les meetings et les analyses politiques se multiplient aussi vite que les sondages progressent pour le leader du Front de gauche.

En Europe, ce qui intéresse nos confrères, c’est surtout sa relation avec François Hollande. « Pas bonne », juge l’espagnol El Pais« L’avance de Mélenchon inquiète les socialistes français », constatait le quotidien quelques jours avant le meeting de Toulouse, soulignant que Mélenchon est« l’indiscutable champion de la campagne dans la rue ». Pour Le Temps en revanche la « progression spectaculaire » du Front de gauche ne met pas en danger François Hollande : « Dans la mesure où il est assuré d’un bon report des voix au second tour, [ce dernier] n’a aucun intérêt à bouger », estimait le quotidien suisse le 3 avril, tout en attribuant la poussée du candidat à « la résistance en France de l’idéologie de gauche issue de la révolution française mâtinée de marxisme ».

Même analyse en Belgique wallonne qui, comme à son habitude, se passionne pour les élections françaises. La Libre Belgique, admire les « accents sublimement mitterrandiens » de « Maximilien (sic)Mélenchon » (du prénom de Robespierre). Et loue l’« admirable peuple de France. On le savait tout plein de nostalgie pour la monarchie enfouie sous cinq couches de République. […] On le découvre tout aussi nostalgique des coupeurs de têtes royales, apparemment désireux de rejouer la pièce de 1789 ».

Presque aussi enthousiaste, l’allemand Der Spiegel décrit « l’atmosphère [qui] bouillonn[ait] d’un élan révolutionnaire » au meeting de Lille, le 27 mars. Jean-Luc Mélenchon est « l’étoile filante » de cette élection présidentielle, s’enflamme l’hebdomadaire de centre-gauche. Outre son « triomphe » dans les sondages, il note que Mélenchon « frappe dur, sans pitié [sur la classe politique traditionnelle], ne reculant devant aucune polémique » et le considère comme un homme « dangereux, surtout pour le leader des socialistes ».

En Italie, le Corriere della Sera, semble se méfier du « chantre de la France qui souffre » (à lire dans Courrier International) : « Mélenchon ne rentrera pas à l’Elysée, mais risque (avec le concours du Front national) de faire le jeu de son pire ennemi, Nicolas Sarkozy ». Le quotidien le plus lu du pays reconnaît néanmoins que « le chef-d’œuvre politique de Mélenchon est d’avoir réussi à se débarrasser de l’étiquette d’ex-trotskyste et des idéologies poussiéreuses : son credo n’est pas fondé sur un anticapitalisme au sens proprement marxiste du terme, ni sur un refus velléitaire de la mondialisation, mais sur un projet cohérent, bien qu’irréaliste, de protection sociale et de dépenses publiques ».

La presse anglo-saxonne est sans doute la plus fascinée par la réussite du so-called « Méluche ». En Grande-Bretagne, le quotidien de centre-gauche The Guardian s’est déplacé jusqu’à Vierzon pour aller observer ce « pitbull de l’anti-capitalisme, amateur de poésie [qui] galvanise les élections françaises ». C’est le « meilleur orateur » et la « grande révélation » de la campagne. Quatre jours plus tard, sur le site internet du journal, le politologue Mark Weisbrot trouvait que « Jean-Luc Mélenchon a ce dont la France a besoin » : « Il semble être le seul dans la course à comprendre les choix économiques qui attendent la France et l’eurozone. La France n’a pas besoin d’austérité – sa meilleure chance de finir comme la Grèce […]. Quiconque veut préserver le niveau de vie et le mode de vie français devrait voter pour Mélenchon ».

Beaucoup moins élogieux, The Independant, autre quotidien du centre en Grande-Bretagne, décrit le« troisième homme » avec une voix « geignarde » et un « chuintement ». Si le tabloïd met au crédit du candidat d’avoir fait reculer Marine Le Pen, il pointe que Mélenchon « déteste toutes les formes de xénophobie, sauf, semble-t-il, la xénophobie “anti-Anglosaxons” ». Voilà qui ne va pas réchauffer les relations entre les deux côtés de la Manche.

Le correspondant à Paris Hugh Schofield se montre plus pédagogue. Pour BBC News, il explique que Mélenchon s’adresse à une large partie de la société française pour qui la révolution fait sens. Cette France « de la gauche radicale [qui] croit en un changement rapide, et donc, forcément, douloureux ».« Bien sûr, croit-il, Mélenchon ne gagnera pas les élections. Il est même inconcevable qu’il aille au second tour. Mais [… s’il atteint 18 ou 19 % le 22 avril, cela pourrait pousser François Hollande à mettre la barre à gauche entre les deux tours ».

De l’autre côté de l’Atlantique aussi, l’engouement des Français pour le Front de gauche intrigue. Aux Etats-Unis, où les moustaches de José Bové avaient captivé les médias en 2007, le New York Times s’étonne de notre pays, où le communisme continue d’être une « référence positive », et où des foules chantent en chœur « l’Internationale » et « huent chaque fois que le mot “riche” est prononcé ». Là encore, le quotidien se souvient que Mélenchon « a appelé les Etats-Unis “le premier problème du monde”, critiquant ce qu’il considère comme la nuisible hégémonie militaire américaine ».

Le candidat est source d’inspiration jusqu’en Amérique latine. En Equateur, où le président Correa vient d’apporter son soutien à Mélenchon, El Universo estime qu’il est « un modèle pour les mouvements progressistes de toute l’Europe ». A Buenos Aires, Clarin se penche sur « le nouveau phénomène politique français » : le « candidat des rêves perdus en France ». Son objectif ? « Eviter que Hollande se “Papandréouise” », note le quotidien argentin. Etonnamment, on ne trouve quasiment pas de trace de Mélenchon dans la « grande » presse brésilienne. Plutôt surprenant au pays de Lula…

Détour, enfin par le continent africain. L’hebdomadaire Jeune Afrique, se penche sur « un Mélenchon tout en paradoxe. Virulent mais galant, soupe au lait mais calculateur, écorché vif mais duplice, tribun aux accents plébéiens mais cultivé, détestant les Etats-Unis mais grand lecteur de Faulkner et de Caldwell, taiseux sur sa vie privée mais confiant au magazine people Gala qu’il rêve d’écrire un roman d’amour… » Au Burkina Fasso, l’hebdomadaire San Finna (à lire dans le Courrier International) loue « le courageux Jean-Luc Mélenchon » qui, contrairement au « candidat socialo, champion du “ni oui ni non” […] parle avec force et conviction de la politique injuste de la France en Afrique ».

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