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Chronique Ukraine n°1


Un autre regard sur l’Ukraine

 

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Au lendemain du plus lourd bilan causé par la monté des violences à l’Est de l’Ukraine, Il est impératif que les diplomaties européenne et américaine se remettent enfin en cause. Quelles que soient les velléités de M.Poutine, il n’est plus possible de cautionner un gouvernement de Kiev qui envoie l’armée contre son propre peuple. Qui plus est quand cette armée est renforcée par une « garde nationale » sous la responsabilité d’Andriy Parubiy, néo-nazi notoire issu des rangs du parti Svoboda. Hier nous avons reçu un mail désespéré d’un camarade du groupe marxiste « à contre courant » à Odessa éclairant les responsabilités dans le massacre qui s’est déroulé dans cette ville vendredi 2 mai. Une tragédie sur laquelle l’UE a fait mine de demander une enquête indépendante, comme elle l’avait déjà fait sur les snipers de la place Maïdan, sans aucune suite. D’emblée il faut noter que les manifestants persécutés à Odessa se qualifient d’anti-maïdan et jamais de pro-russes : ils se désignent donc par opposition aux groupes putschistes qui ont pris le pouvoir à Kiev et pas du tout en référence à la Russie. Alors que les médias français parlent sans cesse de pro-russes, gommant ainsi la discorde politique ukrainienne qui est au cœur des affrontements. D’après ce témoignage les anti-maïdan sont allés au-devant d’une colonne d’un groupe armé se dirigeant vers eux, bien entrainés et équipés d’armes à feu. Ils n’ont pu leur faire face et se sont réfugiés dans la maison des syndicats, à laquelle leurs assaillants ont mis le feu. 30 personnes furent tuées par asphyxie ou brûlés, 8 autres en se jetant par les fenêtres.

Dans ce contexte, l’attitude des dirigeants occidentaux est extrêmement dangereuse. En effet, comment concevoir que Madame Lagarde, dirigeant le FMI, déclare la veille de l’intervention armée de l’armée ukrainienne que l’une des conditions au versement de 17 milliards de prêt (dont 5 serviront à rembourser ce même FMI - on croit rêver-) est la suivante : « Si l’Ukraine perd des territoires à l’est nous devrons redéfinir ce prêt de 17 milliards. » De même, comment John Kerry, ministre états-unien des affaires étrangères, peut-il décemment déclarer que « seule l’Ukraine tient ses engagements pour l’apaisement », alors que Kiev envoie son armée attaquer les groupes anti-maïdan ? Ou récemment encore le ministre de la défense etats-uniens déclarant que « les pays de l’Otan doivent rehausser leur budget de défense à la lumière de la crise ukrainienne » ? Que veulent-ils ? Entrer en guerre avec la Russie ? Comment peuvent-ils dans ce contexte continuer à parler simultanément d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et d’apaisement ? Les déclarations ubuesques se succèdent.

Les groupes antimaïdan sont quant à eux très disparates. S’il semble évident que certains d’entre eux sont encadrés par les hommes expérimentés du FSB (ex KGB), ces groupes ne sont en réalités pas du tout unis. Nos camarades de Donetsk nous le confirment. On y trouve aussi bien des séparatistes pour un rattachement à la Russie, des fédéralistes voulant rester ukrainiens, des groupes qui disent n’appartenir à personne ni ne suivre les ordres de personne, des citoyens anti-guerre, des communistes. Le parti des régions du président déchu Yanoukovitch a initié ces mouvements mais en a totalement perdu le contrôle. Plusieurs chaines humaines furent formées pour arrêter les chars et certaines réussirent. L’armée « régulière » a connu à de nombreuses reprises des défections à ce genre d’occasion. Mais aujourd’hui, cette armée étant renforcée par la « garde nationale » composée des éléments les plus radicaux, on assiste à de terribles affrontements.

Mais au-delà de ces événements très médiatisés, un climat de peur et de tension est installé. Régulièrement, des exactions, des assassinats et des agressions ont lieu, des exécutions par pendaisons filmées et mises en scène. On nous faisait part récemment « qu’une guerre civile pouvait partir d’une bousculade dans les transports ». Dans cette guerre de l’information, les torts sont évidemment partagés et on trouve des radicaux de tous bords. Le parti communiste Ukrainien (KPU) dressait récemment un bilan des nombreux actes commis à son encontre (incendies, agressions). Ce climat de persécution politique qui est presque pire que ce qu’un opposant peut vivre en Russie. Il ne peut pas être cautionné par les occidentaux. Leur silence est à ce sujet ahurissant, lorsqu’ils se dressent eux même en chantres de la démocratie.
Le FMI et ses politiques d’austérité prévues par Kiev sont les principales raisons ayant poussé le peuple du Donbass (Région de l’Est) à se soulever. Constitué essentiellement d’industrie métallurgiques et de mines exportant vers la Russie, ce plan signait la mort de nombreuses entreprises. Aujourd’hui, comme sur la place Maïdan à Kiev, ils se retrouvent débordés par les radicaux, ingérables, imprévisibles car non coordonnés. L’Otan renforce ses positions, la Russie fait de même. Et chacun dans l’assurance que l’autre n’osera pas franchir la ligne rouge fait monter les enchères. A force de s’en persuader, le garde-fou de la raison finira par céder. Nos camarades de l’Est de l’Ukraine, dans leurs déclarations, font la même constatation et le même appel au prolétariat que Jaurès faisait en son temps :

"Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s’il nous reste quelque chose, s’il nous reste quelques heures, nous redoublerons d’efforts pour prévenir la catastrophe. […] Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar."

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