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Ce que le nom d’un parti dit de lui

Nous recevons Michelle Lecolle, linguiste, pour un entretien consacré aux noms des partis politiques, à ce qu’ils promettent, à ce qu’ils dissimulent et à ce qu’ils révèlent de l’organisation qui les porte. Nous avons tous en tête une dizaine de noms de partis que nous…

Nous recevons Michelle Lecolle, linguiste, pour un entretien consacré aux noms des partis politiques, à ce qu’ils promettent, à ce qu’ils dissimulent et à ce qu’ils révèlent de l’organisation qui les porte.

Nous avons tous en tête une dizaine de noms de partis que nous prononçons sans y penser, et c’est précisément parce que nous les prononçons sans y penser qu’ils font si bien leur travail. Un nom de parti finit par ressembler à une étiquette neutre, alors qu’il a été choisi, discuté, parfois soumis à des études de marché, et qu’il continue de produire des effets longtemps après avoir cessé d’être lu.

Michelle Lecolle, qui travaille sur les noms propres et sur ce que les linguistes appellent les noms collectifs, nous explique pourquoi le nom d’un parti n’appartient pas tout à fait à la même famille que les autres noms propres. Il est fait de mots ordinaires, qui gardent leur sens même une fois figés dans l’appellation, il est choisi par ceux-là mêmes qui vont le porter, ce qui n’est le cas ni de notre prénom ni du nom de notre ville, et il désigne en même temps une institution et les personnes qui la composent, ce qui explique que l’on puisse parler des socialistes ou des insoumis sans avoir le sentiment de changer de sujet.

De là découlent des questions qui ne sont pas seulement affaire de vocabulaire. Nommer un parti, ce n’est pas l’étiqueter une fois qu’il existe, c’est participer à le faire exister, au même titre que le logo, le site et la désignation d’un porte-parole. Et selon les mots retenus, on revendique une filiation ou l’on s’en détache ostensiblement, comme l’ont fait la plupart des formations nées ces dix dernières années, dont bien peu acceptent encore de s’appeler un parti.

L’entretien s’arrête sur plusieurs cas concrets. Le passage du Front National au Rassemblement national en 2018, où le nom collectif a changé quand l’adjectif, lui, est resté intact. Les sigles, dont certains servent moins à abréger qu’à conserver une image stable pendant que la signification se déplace, à l’image de l’UMP, quand d’autres ont été pensés dès l’origine pour renvoyer aux initiales de leur fondateur. Le cas des partis kurdes en Turquie, à qui il est interdit de nommer le peuple qu’ils représentent et qui se rabattent sur la liberté, la paix ou la démocratie. Et le Black Panther Party, dont le nom avait d’abord été un stigmate avant d’être retourné et revendiqué.

Quarante minutes qui donnent quelques outils simples pour lire autrement les affiches que nous croiserons à la prochaine campagne.

L’interview complète ici : https://youtu.be/VkqEsgysDgE

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