Depuis le 2 janvier, le Kazakhstan est secoué par de violentes manifestations, faisant des dizaines de morts. En cause, un doublement du prix du gaz dans un pays où tout le monde roule au GPL. Le 3 janvier, les manifestants de la région de Manguistaou ont ajouté des revendications sociales et politiques : réduction des prix des denrées alimentaires, adoption de mesures contre le chômage, une solution à la pénurie d’eau potable, la démission du gouvernement et des autorités locales. Tokaïev a rapidement reculé sans être suivi par une administration encore aux mains de son prédécesseur. Le prix du gaz a finalement été rétabli ainsi que le système de blocage des prix.

La corruption a créé de grandes inégalités depuis 1991 et la chute de l’URSS. L’ancien président Nazarbaïev, a capté l’essentiel des ressources du pays pour son profit et celui de son clan, développant sa nouvelle capitale Astana à grands coups de pétrodollars. Parallèlement à ce projet mégalomaniaque, le reste du pays est resté sous-développé. Nazarbaïev n’est certes plus officiellement aux affaires, mais son successeur, Tokaïev, continue la même politique, renommant même Astana en Nursultan, en hommage au prénom de son prédécesseur.

Les contestations, parties des provinces de l’Ouest, cœur des grandes entreprises pétrolières, ont vite gagné l’ensemble du pays. Dans cette région les travailleurs.euses, disposent d’une solide expérience de la grève et de la lutte. Il y a 10 ans déjà, une grève avait été réprimée brutalement, dans cette région, avec 15 grévistes tués. Face aux manifestations pacifiques, Tokaïev a répondu par la force, envoyant les forces spéciales tirer sur la foule et il a même demandé l’appui des troupes de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (présidée actuellement par l’Arménie), et des militaires, notamment russes, ont été dépêchés sur place pour « maintenir l’ordre ». Belle occasion pour Moscou de réaffirmer son leadership dans la région face à la politique panturquiste d’Ankara.

Car ce pays d’Asie Centrale se situe à un carrefour stratégique entre Russie, Chine et Moyen-Orient. Neuvième état au monde en superficie, il comprend une multitude de groupes ethniques (kazakhs, russes, ukrainiens, allemands, polonais, coréens, tatars, ouzbeks …). Tout d’abord, il a une frontière de 7 000 kilomètres de long avec la Russie (plus longue frontière terrestre continue au monde) qui administre le cosmodrome de Baïkonour. Ensuite, sa frontière avec la Chine fait de lui un carrefour important pour la « nouvelle route de la soie », lancée par Xi Jinping en 2013. Troisièmement, il reste un enjeu géopolitique pour la Turquie pour l’acheminement des hydrocarbures. Les deux pays sont membres de l’Organisation des états turciques, dont Erdogan est le nouveau président depuis le 12 novembre dernier. C’est dans ce contexte de jeux d’influences de Washington, Moscou, Pékin et Ankara qu’a éclaté cette révolte sociale.

Car l’oligarchie kazakh est certes inféodée aux USA à travers Chevron et d’autres sociétés pétro gazières mais cette oligarchie tient aussi à préserver un équilibre avec les russes et plus récemment avec la Chine (accord route de la soie) ce qui déplait aux USA dont la politique du pivot asiatique vise à affaiblir le concurrent chinois et à entraver l’axe stratégique Chine-Russie ainsi qu’à faire s’éparpiller la Russie sur différents fronts de tension là où la proximité russe gêne les américains ; pour cela des troubles ont été organisés ce qui fut le cas à Almaty puisque des groupes incontrôlés y ont attaqué des manifestants et pillé des armureries.

Le Parti de Gauche appelle à ce que le président Tokaïev cesse toute répression des manifestations et mette en place des mesures sociales concrètes pour répondre aux demandes des manifestants, plutôt que ses tentatives d’achat de paix sociale. Nous ne sommes pas dupes des manipulations liées à cette situation de nouvelle guerre froide et de cette opportunité pour Tokaïev de nettoyer son gouvernement et son administration, mais nous appelons malgré tout à un processus de transition démocratique au Kazakhstan, sans quoi la corruption d’Etat persistera, ainsi que les inégalités qu’elle engendre.

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