Chine : 20e Congrès du Parti Communiste Chinois

Avec l’habituelle solennité qu’on lui connaît le PCC a tenu son Congrès du 16 au 23 octobre 2022 dans le Palais de l’Assemblée du Peuple à Pékin. Les 2296 délégué(e)s convié(e)s à y participer avaient à décider des grandes orientations des 5 années à venir, période dont on ne dira pas qu’elle s’annonce cruciale tant on n’en a jamais connu d’une autre sorte depuis les 101 ans que le Parti existe.

C’est sans surprise qu’on y a vu le Président Xi Jinping renouvelé pour un troisième mandat au poste de Secrétaire Général du Parti, confirmant et renforçant l’étendue de son pouvoir d’ici 2027. Si le Comité Central a été renouvelé à 65%, c’est surtout la composition du Bureau Politique de 25 membres et plus encore celle de son Comité Permanent, véritable « noyau dur du gouvernement central » imposant sa doctrine et son pouvoir à tout le pays, qui sont scrutées. Sans qu’on connaisse en détail toutes les personnalités nouvelles qui y ont été intégrées, il apparaît que les 6 membres qui entourent Xi Jinping dans cette instance peuvent tous être considérés comme faisant partie de ses fidèles. La promotion inattendue à un probable rang de Premier Ministre dans les mois prochains du dirigeant du Parti à Shanghai, Li Qiang, est la plus commentée par nos médias : elle semble témoigner que le Parti ne compte pas revenir sur sa politique du « zéro Covid » ni envisager sur ce point la moindre autocritique. La gestion de l’épidémie par Li Qiang ayant été jugée catastrophique par l’ensemble des habitants de Shanghai, sa nomination au sommet de l’Etat est un camouflet pour cette ville de 25 millions d’habitants.

Aucune femme ne figure dans le nouveau Comité Central. Un court paragraphe du Rapport de Congrès évoque la nécessité de s’atteler à former des « cadres féminins » mais pour l’heure « la moitié du Ciel » est exclue des grandes décisions de l’avenir proche.  De la même façon, on peut se demander en quoi le PCC exprime les contradictions en œuvre dans la jeunesse, ce qui est potentiellement un risque important pour l’avenir.

Enfin, un incident de séance a donné lieu à un grand nombre de gloses dans les commentaires occidentaux, largement frustrés par l’opacité du cérémonial pékinois : la « sortie assistée » de l’ancien Président Hu Jintao sous les caméras en plein cérémonial de clôture. L’agence « Chine Nouvelle » s’étant abstenue de tout commentaire, les versions vont bon train. Si l’on met de côté la possibilité d’un simple malaise dû à la fatigue (thèse officielle), les hypothèses qu’on pourrait formuler aboutissent toutes à un même constat : lors de cette scène vue en direct par le monde entier, c’est bien à la mise au ban du Parti et du Pouvoir de l’ancien président Hu Jintao qu’on a assisté. Il est vrai que dans le discours officiel d’ouverture du Congrès, on avait entendu de la bouche de Xi Jinping des propos d’une rare sévérité dans cet univers de mots feutrés. C’est en effet en toute clarté que Xi a visé ses prédécesseurs directs, et particulièrement Hu Jintao à qui il a succédé, en leur reprochant sans détours d’avoir laissé proliférer les « tigres » et les « mouches », grands et petits profiteurs et corrompus qui ont lourdement abîmé l’image du Parti. La lutte contre la corruption dont Xi avait fait son principal cheval de bataille en 2012, lors de son accession au pouvoir, reste de toute évidence à l’ordre du jour dans les résolutions actuelles du PCC en s’inscrivant dans un contexte de moralisation et de ré-idéologisation à marches forcées.

C’est essentiellement cette volonté de mettre l’idéologie, à savoir un « marxisme-léninisme » sans concessions, au poste de commandement qui explique et justifie le rapprochement qui est souvent fait de Xi avec Mao. Il est du reste extrêmement clair que le résumé officiel des 73 ans de « règne » du Parti Communiste évoque trois grandes « ères » étroitement liées à trois hommes qui les ont fait advenir et administrées : l’ère Mao Zedong, l’ère Deng Xiaoping et l’ère Xi Jinping, cette dernière étant chargée de faire accéder « le rêve chinois » à la réalité et accélérer le ruissellement de la totalité des bienfaits du « socialisme aux caractéristiques chinoises » sur l’ensemble de la population jusqu’en 2049 où la RPC fêtera le centenaire qui doit marquer son apothéose. Pas besoin de lire entre les lignes les 75 pages du Rapport publié par « Chine Nouvelle », les principaux objectifs sont déjà bien connus et mis en œuvre. Une place importante y est faite à la protection de l’environnement et une feuille de route fixe des échéances pour les progrès à s’imposer dans la lutte contre le réchauffement climatique et toutes les formes de pollution. Cette exigence est logiquement couplée avec la nécessité d’amplifier et d’étendre le domaine de la recherche scientifique et technologique dans les domaines les plus pointus. En vue de l’avènement d’« une Chine saine » que Xi appelle de ses vœux, le Rapport insiste tout particulièrement sur toutes les mesures que doit mettre en œuvre un Parti au service du Peuple, comme assurer son bien-être, sa santé, son niveau d’éducation, ses besoins culturels, mais il évoque aussi la nécessité d’un « grand nettoyage » permanent.

Celui qui a été entrepris contre la corruption dès 2012 n’est pas achevé et il importe de continuer à surveiller les « rhinocéros gris » dont les entreprises jonglent avec les milliards et menacent la stabilité financière de l’Etat chinois. Pour dissuader les « mouches » de mettre leurs pattes dans la confiture, le Rapport avertit que les sanctions seront étendues à l’ensemble de la famille et des proches et que, par ailleurs, sera réactivée une « expérience » maoïste vieille de 60 ans visant à instaurer un « contrôle des masses par elles-mêmes », sorte de « flicage de tous par tous » (très en vogue sous la Révolution Culturelle) venant doubler l’instauration pour tout Chinois(e) du compte de « crédit social » tenu à jour par les caméras de surveillance. Il va de soi que, dans ce contexte, la conduite de chacun, à tous les niveaux, des 96 millions de membres du PCC se doit d’être impeccablement irréprochable, comme le Congrès l’a longuement martelé !

Pour ce qui est des « problèmes » en cours, pas un mot n’a été prononcé sur le Xinjiang. Sur Taïwan, la position n’a pas varié d’un iota : toute prétention à un statut d’indépendance de l’île ne saurait être tolérée par Pékin qui souhaite un règlement pacifique de la question mais pourrait aller jusqu’au casus belli. A Hong-Kong, le Congrès se félicite d’avoir vu le Parti rétablir « l’ordre patriotique » et couper court aux désordres. En ce qui concerne la place de la Chine dans le monde, le Rapport n’apporte guère de vraies nouveautés : la poursuite de la politique de « la ceinture et la route » est actée et la Chine compte bien se maintenir au rang de grande puissance dont elle a besoin pour son rayonnement. On cite beaucoup une phrase du nouveau « grand timonier » à ce sujet : « La Chine a besoin du monde et le monde a besoin de la Chine ». Comprenons bien que les échanges commerciaux, que la crise du Covid a freinés, peuvent et doivent reprendre. Si la Chine garde sa porte ouverte, elle entend bien veiller au grain et jouer sa propre partition dans l’orchestre international.

 

Dans  une vision du monde « marxiste-léniniste » où le politique l’emporte sur l’économie et où la « lutte », le « combat », termes qui parsèment les discours de Xi, doivent être les moteurs de la politique chinoise, l’essentiel est la stabilité des relations entre Etats et la stabilité intérieure de la Chine. Le PCC dans sa volonté d’installer un capitalisme à marche forcée, concentre en son sein l’ensemble des contradictions de la société chinoise, entre ceux qui veulent aller plus vite dans ce développement effréné et ceux qui voudraient le modérer et préserver certaines traditions. Le souci de « faire société » en parvenant au plus haut degré d’harmonie possible est la préoccupation la plus ancienne de la Chine. C’est le but que s’est fixé Confucius qui avait constaté les désordres des rivalités belliqueuses de son temps et les déchirures qu’elles entraînaient dans le tissu social. Restaurer, ou tenter de les créer, les conditions, fussent-elles coercitives, de la fabrication d’un Homme nouveau pour la société de l’harmonie et du bien-être prévue pour le milieu de ce siècle est dans la feuille de route définie par le 20ème  Congrès. Utopie ? Peut-être. Et peut-être pas. La Chine a la plus longue histoire du monde et elle est toujours là. Et de plus en plus là, si on peut dire !

 

Danièle Hainaut et Pierre Boutry

 

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