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Pour une stratégie industrielle durable

Un constat : l’absence de vision stratégie industrielle en France et en Europe.

On ne compte plus dans l’actualité les annonces de fermetures, de plans de licenciements ou de délocalisations : le cas de l’usine Ford, l’entreprise Ascoval qui travaille avec la tuberie Vallourec dans le Nord, la papeterie Arjowiggins dans la Sarthe… Les entreprises porteuses d’un savoir-faire de qualité et qui se retrouvent menacées de mort sont toujours plus nombreuses.

L’absence d’une politique industrielle répondant aux grands défis écologiques, sociaux et économiques est une faute politique grave. Le gouvernement n’a aucune réponse à apporter aux inquiétudes des 6,3 millions de nos concitoyen-nes considéré-es par l’INSEE comme des ouvriers  ( 20 % des actifs contre 40 % en 1970). L’État se rempare derrière le principe sacré de non-intervention dans l’économie. Ainsi, depuis 15 ans, ce sont 1,4 million d’emplois industriels qui ont disparu. Des secteurs stratégiques comme la sidérurgie, la construction navale, l’énergie ( photovoltaïque) ont été frappés de plein fouet.

« L’Europe qui protège » louée par Emmanuel Macron ne développe aucune stratégie industrielle collective. Elle permet qu’à l’intérieur d’un même groupe industriel la concurrence fasse rage. Elle laisse des pays comme la Roumanie supprimer presque intégralement ses cotisations patronales pour le plus grand détriment des salariés. Elle applaudit quand le gouvernement français compense les cadeaux comme le CICE et autres crédits d’impôt aux multinationales par la mise en place de la taxe carbone.

En étant le seul ensemble économique mondial à jouer totalement le jeu du libre-échange avec des droits de Douane dérisoires à ses frontières extérieures, l’Union européenne accélère la destruction d’emplois, la disparition des savoir-faire et brevets européens : elle laisse le champ libre au pillage économique.

Face à cette politique d’abandon, le Parti de Gauche propose une stratégie de reconquête industrielle ambitieuse : nous avons besoin de millions d’emplois d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs pour construire un appareil industriel durable, pilier de la transition énergétique et de la planification écologique.

Des solutions pour une industrie adaptée aux enjeux écologiques et économiques du XXIème siècle

Notre stratégie industrielle s’articule autour de 4 axes :

-L’investissement dans les secteurs d’avenir indispensables pour mener à bien la planification et la transition écologiques. l

-La reprise en main par l’État des secteurs stratégiques d’intérêts généraux et la construction d’une politique publique de soutien à l’industrie durable.

-La mise en place d’un protectionnisme solidaire, social et environnemental afin d’aider à la relocalisation des industries et des emplois.

Loin de prôner un retour au vieux modèle de la Révolution industrielle, nous souhaitons construire des industries durables qui seront en pointe dans le déploiement de la transition énergétique et écologique. Nous sommes face à une grande bifurcation écologique . Donnons-nous les moyens de la réussir : un investissement public massif de 100 milliards est nécessaire pour convertir nos modes de production, de consommation et d’échanges. C’est le choix de la raison. Même le Fonds monétaire international, l’OCDE ( Organisation de coopération et de développement économique) et l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ont publié un rapport appelant à l’investissement dans la transition écologique. Ce rapport souligne aussi l’importance de relancer les offres de formations professionnelles adaptées : nous manquons d’ouvriers et de techniciens très qualifiés pour opérer le virage de la conversion durable de nos industries. Des milliers d’emplois seront par exemples nécessaires pour la mise en place du plan isolation thermique de 700 000 logements : l’écologie est créatrice d’emplois industriels.

Nous proposons par exemple d’engager la France dans un « plan Mer » porteur de 300 000 emplois -dont une grande part liés à l’industrie : éolien marin, hydrolienne, construction navale durable qui doit être encouragée pour convertir une flotte marchande vieillissante et polluante…

La nationalisation est un outil au service de l’intérêt général écologique, économique et social. À notre arrivée au pouvoir nous créerons une mission d’enquête parlementaire afin de dresser un bilan des privations et avantages fiscaux distribués depuis des années aux grandes multinationales. La nationalisation des secteurs stratégiques est indispensable pour la mise en place de la transition énergétique et écologique : Alstom et Areva ont ainsi récemment cédé à General Electric et Siemens leurs branches « Énergies Marines ». Nous devons nous y refuser : l’État doit être moteur pour assurer le développement de ce secteur. Protéger l’emploi, mais aussi protéger les savoir-faire et les brevets sont étroitement liés : il faut une mise en commun des brevets et connaissances au sein d’un patrimoine productif collectif. En matière de Recherche et Développement industriel, l’action de l’État se doit d’être volontariste : nombre de multinationales n’assument pas le risque de l’exploration technologique et de l’innovation.

Un autre levier important doit enfin être actionné pour permettre la relocalisation des activités industrielles :le protectionnisme solidaire. C’est une urgence sociale ( l’industrie représente encore 13,8 % des emplois) et écologique : 80 % des marchandises échangées transitent via des porte-conteneurs ou méga-porte conteneurs qui polluent autant que des villes de plusieurs milliers d’habitants ! Il faut stopper ce grand déménagement économique du monde. Le refus du libre-échange est une condition pour reprendre notre destin industriel en main. Le Parti de Gauche a été d’ailleurs partie prenante des luttes citoyennes contre le TAFTA ( Traité de libre-échange Europe/USA), CETA ( avec le Canada) ou le JEFTA ( avec le Japon). Il faut changer cette logique de concurrence de tous contre tous : sortons de l’Organisation mondiale du commerce ( OMC) et préférons l’esprit de la Charte de La Havane de 1948 : donnons au commerce international l’objectif de développer les solidarités et la paix, de contribuer à l’emploi et à l’amélioration des conditions de travail et de vie.

Relançons l’économie par une politique industrielle durable ambitieuse !

« Grâce au CICE nous allons créer 1 million d’emplois ! », avait juré Gattaz la main sur le cœur .La réalité est plus douloureuse.

Notre déficit commercial est toujours monstrueux, 60 milliards d’euros .  Il est évident que ce sont les biens les produits les plus courants, ceux qui nous sont utiles au quotidien, qui ne sont plus produits par nos industries.

Les productions lointaines impliquent des coûts de transports élevés liés à la hausse du prix du pétrole. Les milliers de navires qui sillonnent les océans renforcent la pollution de la planète: en cas de collision ou de naufrage, c’est un évident désastre.

Les seuls intérêts de la dette avec leurs 41 milliards d’euros représentent plus de 14 % du budget de l’État et cela va bien évidemment s’aggravant.

La vente demain, d’ADP et de la FDJ, ne fera que l’atténuer sans même la couvrir. À cela s’ajoutent les projets inutiles comme le CDG  Express Roissy  / Gare de l’Est  ( coût estimé 2,7 milliards d’euros ). Le manque à gagner de l’État est ensuite irréversible, comme la vente des autoroutes nous  l’a démontré. La relance d’une politique industrielle durable où l’État constitue une porte de sortie à cette crise.

N’importe quel citoyen a bien conscience que s’il vend une partie de ses biens pour rembourser les intérêts d’une créance, il s’expose à une spirale infernale.

Les choix actuels sont destinés en réalité à poursuivre l’enrichissement d’individus recherchant les rentes juteuses par exemple dans l’industrie pharmaceutique. À l’opposé l’intérêt général est d’investir dans une relance de l’industrie durable, dans l’appareil de production pour le convertir et dans les salaires. Nous enverrons ainsi le signal d’un changement de cap déterminant dans la politique de l’emploi, au sein d’un pays où l’angoisse des délocalisations n’a rien du fantasme.

En Europe, nous porterons aussi l’idée d’un protectionnisme solidaire, social et environnemental. Il faut proposer une taxation plus forte des marchandises fabriquées dans des conditions ne respectant pas les standards européens ou ceux de l’OIT : la durée de temps de travail, les droits sociaux, syndicaux des travailleurs doivent être examinés. Par ailleurs, les produits qui sont constitués de composants polluants ou qui dégradent l’écosystème doivent être plus taxés que les produits durables ou issus des circuits-courts. L’argent ainsi récupéré via cette taxation différenciée aux frontières de l’UE permettra d’abonder un fonds destiné à la relocalisation ou au soutien de l’activité industrielle.

Les industries françaises et européennes sont à la croisée des chemins. Face à l’enjeu écologique qui domine notre époque, il faut une action volontaire pour convertir notre appareil industriel et pour en faire un outil au service de la planification écologique.

La reconstruction d’une industrie durable passera par un changement de logiciel économique : il faut rompre avec le libre-échange, et porter le protectionnisme solidaire pour relocaliser les industries. Le 26 mai 2017, un premier rendez-vous est fixé avec les élections européennes : en soutenant et participant à la liste de la France Insoumise, le Parti de Gauche s’engage pleinement dans la construction d’une Europe industrielle libérée de la concurrence, de la compétitivité et du libre-échange destructeurs. Posons ensemble les fondations d’une industrie durable au service de l’environnement et respectueuse des droits humains !

Julien Poix et Philippe Juraver

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