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Les mystifications du G 20

Vendredi 3 Avril 2009
  Christophe Ventura

berlusconi-obama-medvedev

« C’est bel et bien un nouveau monde qui émerge à Londres sous nos yeux. »  Ce commentaire du Monde s’inscrit dans le tapage médiatique international dont vient de faire l’objet le Sommet du G 20 à Londres, le 2 avril, afin de saluer l’avènement de ce que le premier ministre britannique, Gordon Brown, qualifie sans le moindre humour de « nouvel ordre mondial ».


Un nouveau monde ? Oui, mais lequel ? Pour connaître la réponse, il suffit d’observer les réactions des marchés financiers à l’annonce des conclusions du Sommet. C’est avec jubilation que les principales places boursières ont accueilli les propositions et les mesures adoptées par les gouvernements  du G 20, ce club qui représente 80 à 90 % de la production mondiale, et dont l’Union européenne est membre es qualités.

L’envolée des marchés financiers a été spectaculaire : + 4 % à Wall Street, + 4,3 % à la City de Londres, + 4,4 % à Tokyo ,+ 5,3 % à Paris, + 6 % à Francfort. On l’aura compris : loin de rompre avec les logiques et les politiques qui ont précipité le monde au bord du gouffre et dans une crise économique, sociale, écologique et alimentaire sans précédent, le G 20 a décidé de procéder à un simple replâtrage. Son but : renforcer le capitalisme mondialisé en intégrant ses nouveaux acteurs émergents - Chine, Inde, Brésil, etc. - dans le tour de table des dominants.

La crise globale trouve sa source dans les méfaits de la libéralisation des mouvements de capitaux et du libre-échange généralisé. Ce sont eux qui ont provoqué une mise en concurrence effrénée des travailleurs, avec comme conséquence la déflation salariale ; la stagnation ou la chute de la demande solvable et la fuite en avant dans l’endettement ; le gaspillage des ressources naturelles et énergétiques et le dérèglement du climat.  A cela,  la déclaration du G20, imperturbable, répond qu’il est « nécessaire de promouvoir le commerce mondial ».

Les mesures annoncées ne modifient en rien le cadre néolibéral qui a conduit à la catastrophe. Elles équivalent simplement à un carton jaune pâle, très pâle, mais sans expulsion du terrain ,  distribué aux tricheurs les plus éhontés (fonds spéculatifs, paradis fiscaux). Il est significatif que le Fonds monétaire international (FMI), l’un des protagonistes les plus nocifs des politiques néolibérales à l’échelle planétaire, et à ce titre honni des peuples du Sud, sorte grand vainqueur de ce Sommet en voyant ses moyens fortement renforcés. Avec ses 750 milliards de dollars, il pourra « offrir » ses services aux pays pauvres et étouffés par la crise (comme la Hongrie, la Lettonie ou la Roumanie en Europe), mais il conditionnera ses « aides », entre autres, à la baisse des salaires des fonctionnaires et à celle des retraites ! C’est-à-dire qu’il persévère sans vergogne dans ses politiques traditionnelles d’ « ajustement structurel ».

Comme l’analyse judicieusement le Collectif français « Nous ne paierons pas leurs crises », « le G20 n’offre aucun engagement précis quant à mettre fin à la dictature des marchés financiers, via des instruments de contrôle public et de régulation drastiques. Les banques et établissements financiers devront être sauvés par tous les moyens, au prix du financement public, sans aucune contrepartie garantie aux populations (crédit, services bancaires...) et sans même que leur nationalisation ait été suggérée. Aucune mesure d’interdiction de la spéculation sur les matières premières n’est par exemple envisagée.

La mise en liste noire des territoires non-coopératifs sur le plan bancaire et fiscal ne répond pas aux exigences citoyennes qui souhaitaient voir bannie, au moins de la part des pays du G20 et de leurs grandes entreprises, toute forme de domiciliation ou de transit de leurs actifs via des paradis fiscaux.

Enfin les engagements relatifs à la lutte contre les inégalités sociales, la création d’emplois et la protection durable des écosystèmes ne sont assortis d’aucun moyen spécifique. Ils font l’objet de paragraphes aussi généraux que marginaux : ni nouveaux instruments de redistribution ni investissements massifs dans une économie verte et créatrice d’emplois décents et justement rémunérés.

Le G 20 n’apporte aucune proposition pour créer de nouveaux instruments au service d’une autre mondialisation écologique et solidaire, tels que les taxes globales écologiques et sur les transactions financières. Le G 20 est muet sur la reconnaissance et la promotion de biens publics mondiaux tels que la santé, l’eau, l’éducation et le savoir, indispensables pour reconstruire la mondialisation sur de nouvelles bases ».

Il faut dénoncer les mystifications  à visée démobilisatrice des gouvernements du G 20  et de leurs soutiens politiques explicites ou implicites. Face à cette Internationale libérale, les luttes sociales en cours en France contre les licenciements massifs, les délocalisations et les cadeaux de Nicolas Sarkozy aux privilégiés  peuvent aussi être l’occasion d’avancer des propositions pour un ordre mondial  solidaire et respectueux de l’environnement.

C’est ce à quoi vont s’attacher le Parti de gauche et le Front de gauche dans les semaines qui viennent.

Lire le communiqué du Collectif «  Nous ne paierons pas leurs crises » : http://www.stop-g20.org/Un-G20-pour-presque-rien

Lire le communiqué du G 20 : http://www.g20.org/pub_communiques.aspx

Christophe VENTURA, président de la commission internationale du PG

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