INTERNATIONAL •
TOUT L’INTERNATIONAL
Lettre d’Italie
Ce voyage en Italie arrive à un bon moment. En tout cas, à un de ces moments de la vie politique d’un pays interessant à suivre. Je suis ici pour deux semaines, ce qui devrait laisser le temps d’approfondir l’observation.
Aujourd’hui, mardi 1er juin, c’est au tour de l’Italie d’adopter un plan d’austérité dont la population sera la principale victime. Et ce après l’Irlande, la Grèce, l’Espagne, le Portugal ou le Royaume-Uni.
Le gouvernement conduit par Silvio Berlusconi vient ainsi d’obtenir, le 31 mai, le feu vert du président de la République, Giorgio Napolitano, pour sa mise en place. Ce dernier a signé le décret ( 56 articles et 175 pages) qui va permettre de réaliser "la manœuvre financière" comme on dit ici concoctée par le ministre de l’économie, Giulio Tremonti.
"Des larmes et du sang" pour la population a prévenu Berlusconi. Les mêmes mots d’inspiration churchillienne que David Cameron au Royaume-Uni...Pas de doutes, la droite est sans complexes. Ici, ce sont 25 milliards d’euros de restrictions budgétaires (soit 1,6 % du PIB ) - entendez de financements publics de la société - qui ont été décidées pour 2010 et 2011. Une troisième année de gel des dépenses est prévue mais elle reste non chiffrée pour le moment.
De quoi parle-t-on ? En premier lieu d’une baisse drastique des financements de l’Etat des régions et des collectivités territoriales (la moitié du plan y est consacrée, ce qui laisse à penser qu’un pas vient d’être franchi en direction du "fédéralisme" revendiqué par l’allié regionaliste de Berlusconi, la Ligue du Nord), de coupes claires dans les budgets des ministères, notamment du développement ( la quasi totalité du Fonds pour le rééquilibrage territorial - pour le Sud de l’Italie - n’est plus financé), de l’environnement ou de la culture qui voit la moitié de son budget disparaître ! L’armée et le ministère de l’économie sont également touchés. Ce dernier gère d’importants fonds sociaux qui vont être durement affectés : fonds pour les infrastructures publiques et logistiques, fonds pour la famille.
L’éducation fera aussi l’objet de tous les "dégraissages" : 25 600 postes d’enseignants en moins pour l’année prochaine et 15 000 autres dans l’administration auxquels il faut ajouter le non renouvellement de 20 000 postes contractuels.
Tous les financements d’infrastructures sont également "congelés" pour quatre ans ( routes, etc.). En aucun cas, ils ne pourront, jusqu’en 2013, dépassés ceux de l’année 2010. Dans le même temps, les systèmes de péages vont être élargis aux routes secondaires et les prix vont augmenter.
Ministres et secrétaires d’Etat verront leurs indemnités baisser de 10 % tandis que celles des hauts-fonctonnaires diminueront de 5 % à 10 %. Berlusconi veut montrer que tout le monde est mobilisé par ce plan, même l’industrie financière. La fiscalité sur les stock-options et sur les bonus des hauts dirigeants d’entreprises privées va sensiblement augmenter pour passer... à 10 %. Le Cavaliere promet une lutte accrue contre l’évasion fiscale ( 30 milliards d’euros par an) et la corruption mais l’essentiel est ailleurs. Le gouvernement prévoit un allongement de la durée de cotisation pour les retraites : 18 mois de plus ( l’age légal de départ est ici de 65 ans).
Que disent les banquiers et le patronat ? Bien qu’ayant publiquement adoubé le plan Berlusconi/Tremonti, ils font savoir, par la voix du gouverneur de la Banque d’Italie, Mario Draghi, que si "la manoeuvre était inévitable, il faut maintenant des réformes". Quelles réformes ? Pour commencer, celle du marché du travail... C’est maintenant l’heure d’une nouvelle offensive des néolibéraux au nom de la recherche d’une nouvelle compétitivité : il faut fléxibiliser un marché du travail encore trop rigide qui cause le chômage de masse, notamment chez les jeunes de 15 à 34 ans ( 25,4 % en Italie). On connaît trop bien cette petite musique qui commence de nouveau à être chantée en Italie, en Espagne et demain dans toute l’Europe...
Vigilance et resistance, plus que jamais.
Roselli, 1er juin 2010






