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Plans d’austérité en Europe : la résistance des peuples
Une vague de mobilisations populaires monte en Europe pour protester contre les nouveaux plans d’ajustement qui s’abattent sur plusieurs pays. Des plans adoptés pour répondre aux exigences de l’Union européenne (UE) -gouvernements, Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE)- et du Fonds monétaire international (FMI) mais aussi pour tenter de calmer momentanément les pressions des marchés et des agences de notation sur les dettes souveraines des Etats.
Irlande
Le 27 novembre, la veille de la réunion des ministres des finances des pays de la zone euro devant finaliser le « plan d’aide » infligé à l’Irlande, entre 50 000 et 150 000 personnes ont répondu à l’appel de l’Irish Congress of Trade Unions (Ictu) et manifesté dans les rues de Dublin. L’Irlande, qui s’apprête à recevoir 85 milliards d’euros dont une importante partie (35 milliards d’euros) sera consacrée à renflouer les banques irlandaises, va connaître de sévères mesures d’austérité ces quatre prochaines années. Et ce, dans un contexte où le pays connaît un taux de chômage de 14 %. Quinze milliards d’euros de réductions budgétaires sont prévues. Elles affecteront les secteurs de la santé, de l’éducation et les prestations sociales, à commencer par les allocations chômages et familiales. Ce sont également 25 000 emplois publics qui seront détruits. Parallèlement, cinq milliards d’euros de hausses d’impôts sont programmées d’ici 2014. Le recours à l’augmentation de l’impôt le plus injuste, la TVA, constitue le cœur de cette politique. Cette dernière augmentera ainsi de 21 à 23 %, alors que l’impôt sur les sociétés, lui, ne sera pas touché ! Le salaire minimum horaire va connaître une baisse sèche de un euro pour passer à 7,65 euros. Les nouveaux fonctionnaires subiront une baisse de 10 % de leurs revenus par rapport à ceux déjà en place, etc.
Portugal
Au Portugal, une grève générale historique organisée le 24 novembre à l’appel des deux principales centrales syndicales du pays, la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP) et l’ Union des transports publics et ferroviaires (UTP), est venue rappeler au gouvernement « socialiste » de Monsieur José Socratès qu’il devra faire face à une forte résistance populaire à son plan d’austérité.
Jamais une telle démonstration de masse ne s’était fait jour dans le pays depuis 1988. Transports, secteurs portuaires et pétroliers, écoles, universités, salariés des banques, tribunaux, médecins et personnels de santé ont répondu massivement présents à cet appel, avec le soutien majoritaire de la population et une forte mobilisation des salariés du privé.
Pour donner des gages aux marchés financiers et au nom d’une réduction du déficit public de 7,3% en 2010 à 4,6% en 2011, le Parlement portugais a adopté, lui aussi, le 26 novembre, un nouveau plan d’austérité pour 2011. Mêmes recettes, mêmes objectifs : réduire l’Etat et les investissements sociaux. Ici, c’est 5 % de la masse salariale qui sera comprimée dans le secteur public, deux points de TVA qui seront ajoutés pour que cette dernière atteigne un taux de 23 %, un gel des pensions et la suppression de différentes prestations sociales qui seront organisées alors que 11 % de la population est désormais au chômage. « Il n’y a pas d’autres alternatives » a affirmé José Socrates qui préfère prendre ses ordres des marchés plutôt que du peuple et des travailleurs qui se sont rappelés à son bon souvenir.
Le ministre des finances, Fernando Teixeira dos Santos, préfère lui déclarer « qu’il va être nécessaire d’approfondir les réformes structurelles dans le pays, notamment dans le domaine des lois du travail ». Flexibilisation accrue dans le travail, recul des droits des travailleurs et renforcement de la précarité comme modèle d’organisation du travail viendront compléter, dans les prochains mois, les mesures agressives des oligarchies et des gouvernements contre les peuples.
Espagne, Italie
De son côté, frileux et discipliné, le gouvernement de Monsieur Zapatero en Espagne assure aux marchés que son pays n’a pas besoin d’aide pour gérer son déficit et promet à ces derniers une « transparence » maximale du système bancaire et des comptes nationaux.
Moins couvertes par nos médias dominants, d’autres mobilisations d’importance secouent actuellement l’Italie et le Royaume-Uni.
Ici, ce sont les étudiants qui défient les gouvernements et leurs plans d’austérité qui affectent aussi les écoles et les universités.
En Italie, dans plusieurs villes du pays, les étudiants et les mouvements de jeunesse ont manifesté leur rejet du projet de loi Gelmini (du nom de la ministre de l’éducation, Mariastella Gelmini) qui sera débattu à la Chambre des députés le 29 et le 30 novembre. Cette réforme prévoit une privatisation progressive de l’université italienne, un recul de son financement public, une précarisation accrue des personnels et des parcours. A Turin, les étudiants ont occupé le toit de l’université. A Rome, ils ont occupé le Sénat le 24 novembre.
Ces actions ont trouvé un prolongement avec la manifestation organisée le 27 novembre par la CGIL en soutien à la jeunesse et pour les travailleurs. Celle-ci a de nouveau rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Rome dans un contexte où le gouvernement de Silvio Berlusconi, affaibli par les divisions internes de la coalition et la mobilisation accrue de divers secteurs sociaux contre ses politiques, s’apprête à organiser un vote de confiance au Parlement le 14 décembre.
Royaume-Uni, Autriche
Au Royaume-Uni, c’est également la jeunesse qui est en pointe de la contestation active contre les politiques d’austérité du gouvernement de David Cameron.
En plus des 500 000 emplois publics qui seront supprimés en cinq ans, du recul du montant des prestations sociales pour les plus pauvres, de la baisse des pensions et de la hausse de l’âge de départ à la retraite programmées, le gouvernement britannique a décidé le doublement, voire le triplement (de 3 500 à 7 000 ou 10 000 euros) des frais d’inscription annuels à l’université, et ce sans revalorisation (sinon minime) des bourses d’études (de l’ordre de 3 500 euros par an) pour les étudiants les plus mal lotis.
Des milliers d’étudiants ont manifesté, notamment en occupant le siège du Parti conservateur à Londres, le 24 novembre.
Le 27 novembre, une alliance d’une centaine d’organisations syndicales, associatives, de jeunesse, de précaires, de chômeurs, de retraités, altermondialistes, etc. a manifesté à Vienne en prévision du plan d’austérité que prépare, à son tour, le gouvernement autrichien...
Partout, à mesure que se précisent les attaques des gouvernements contre les peuples européens, des résistances s’organisent et se développent. Le peuple français, contrairement aux dires des médias et de nos dirigeants politiques, n’est pas seul.






