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Après la Tunisie, l’Egypte ?

Vendredi 28 Janvier 2011
  Alain Billon

Aujourd’hui, c’est le quatrième jour consécutif de manifestations en Egypte pour demander la démission du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis près de trente ans !

Celles-ci ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de manifestants dans de nombreuses villes du pays : au Caire, mais aussi à Alexandrie, Suez, Assouan, etc…Elles ont déjà causé la mort de sept personnes, dont un policier, et des dizaines de blessés, ce qui en dit long sur la soi-disant « modération »de la répression.

La révolution citoyenne en Tunisie inspire directement et explicitement ces manifestations.

 

 

A l’origine, il y a comme en Tunisie, les effets de la crise mondiale, avec son cortège de hausses des denrées de première nécessité, et l’augmentation du chômage, mais aussi le poids étouffant d’un pouvoir autoritaire et corrompu en place depuis trois décennies, qui bloque toute évolution démocratique, si minime soit –elle.

C’est donc très logiquement que les revendications politiques principales concernent la dissolution du parlement qui ne compte plus aucun opposant depuis les dernières élections de décembre 2009, la fin de l’état d’urgence en vigueur depuis 29 ans, et le départ de Hosni Moubarak.

La contestation en Egypte a été principalement jusqu’à présent, l’œuvre d’une population jeune, urbaine qui utilise beaucoup les ressources du net pour ses rassemblements et ses mots d’ordre. Le pouvoir a réagit comme tout pouvoir dictatorial : il a coupé l’accès à internet hier soir !

Si les débuts de ce mouvement sont porteurs de grands espoirs, ils demeurent encore modestes quand ils sont rapportés à l’ensemble de la population de l’Egypte qui compte 80 millions d’habitants. Ce vendredi, jour de la prière, sera un jour crucial pour la mobilisation. En effet, après avoir beaucoup hésité, le mouvement des Frères musulmans, qui malgré le harcèlement constant du pouvoir demeure la principale force de contestation du pays, a appelé aujourd’hui ses partisans à se joindre aux manifestations, malgré l’interdiction dont elles sont frappées. Mais ce renfort conséquent risque d’orienter le mouvement initial (qui comme on l’a vu s’inspirait des mots d’ordres de la révolution citoyenne de Tunisie), dans une tout autre direction. Or jusqu’à présent ce dernier n’avait ni encadrement politique ni leader de poids. Le retour hier soir au pays, de Mohamed El Baradai, ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui s’est dit disponible pour conduire une transition démocratique en Egypte est une donne nouvelle non négligeable. Mais c’est un homme relativement seul, sans antécédents politiques.

Deux facteurs majeurs vont peser désormais de tout leur poids ;

- d’une part, rien ne pourra se faire en Egypte sans l’armée, dont est issu Moubarak, et qui demeure un des principaux piliers du régime ;

- d’autre part, bien au delà de l’exemplarité que recèle le cas tunisien, l’Egypte est une pièce maîtresse sur l’échiquier du monde méditerranéen et du monde arabo-musulman ; malgré sa pauvreté, sa situation en fait l’alliée des Etats-Unis et de l’Union européenne, une partenaire objective d’Israël et le pivot du monde arabe. Derrière l’éclosion de ce mouvement d’émancipation qui secoue un nouveau peuple arabe, une partie majeure pour l’avenir du monde est engagée.

 

 

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