INTERNATIONAL •
TOUT L’INTERNATIONAL
Lampedusa : L’UE doit changer de politique migratoire et soutenir les peuples de la Méditerranée
Lampedusa, petite île de 20 km2, à l’extrême sud de l’Italie, à 138km des côtes tunisiennes, fait de nouveau l’actualité avec l’arrivée massive par bateau de plusieurs milliers tunisiens ces derniers jours.
Ces émigrés viennent chercher en Europe des conditions de vie décentes : la transition politique n’a pas effacé la misère économique et sociale qui est à l’origine du mouvement populaire en Tunisie. C’est pourquoi le partage des richesses reste une revendication
L’Union Européenne doit saisir l’opportunité de repenser sa politique migratoire et le rôle joué par chacun de ses Etats membres dans les relations entretenues avec ses voisins aux « portes de l’Europe » , et particulièrement dans le contexte de changement politique que connaît actuellement la Tunisie.
Le Parti de Gauche s’interroge : comment autant de bateaux de migrants ont-ils pu débarquer et passer outre les filets du dispositif de surveillance maritime renforcé depuis plusieurs années dans cette zone de la Méditerranée ? A qui peut bien profiter cette situation ?
Cette question se pose d’autant plus lorsque l’Italie déclare de fait « l’état d’urgence humanitaire » qui lui permet d’outrepasser les mesures légales et réglementaires de contrôle migratoire fixées par les textes de droit international et européen relatifs des droits de l’homme. L’Italie de Berlusconi a émis le souhait d’un renforcement du contrôle des flux et demandé la mise en place immédiate de nombreuses patrouilles de Frontex. Le ministère français des Affaires Etrangères a sans surprise abondé en son sens en demandant un « renforcement opérationnel de l’agence Frontex et le développement de la coopération avec les pays d’origine et de transit. »
L’"Europe forteresse" est donc relancée alimentant une fois de plus les discours racistes et xénophobes, en Italie et en France. En Italie c’est le Ministre de l’Intérieur Italien, Roberto Maroni, membre du parti la Ligue du Nord, ouvertement anti-immigrés, qui a évoqué le risque d’une vague de « 80 000 » migrants clandestins. Ce Ministre était déjà connu pour sa politique migratoire anti-roms, et dans un dérapage colonialiste, il a demandé à la Tunisie que des policiers italiens puissent patrouiller sur territoire tunisien, ce qui a été bien évidemment refusé. En France, de manière prévisible, Marine Le Pen s’est empressée de faire une déclaration nauséabonde, et certains médias ont relayé ces peurs sans fondements, avec des sondages demandant : « Craignez vous l’arrivée d’immigrants du Maghreb en France ? ». Les ministres Eric Besson, Laurent Wauquiez, puis Brice Hortefeux, se sont succédés pour signifier que la France de Sarkozy n’accueillerait pas de migrants, même venus de Tunisie.
L’autre fait gravissime est l’abordage par une vedette garde-côte tunisienne d’un bateau transportant des migrants de Tunisie vers l’Europe. D’après le témoignage des survivants, la vedette aurait foncé sur le bateau et brisé en deux en pleine mer. Cinq migrants sont morts et trente disparus.
En conséquence, le Parti de Gauche demande :
- à l’Union européenne et ses Etats membres, et en premier lieu la France, de soutenir les peuples, notamment le peuple tunisien, dans leurs revendications démocratiques et sociales, excluant toute politique de rejet à leur égard, et de relancer dès à présent le dialogue nécessaire pour de nouvelles relations Europe / Méditerranée ;
- à l’Italie de respecter les conventions internationales et européennes qui garantissent les droits fondamentaux et la dignité de tous les migrants tunisiens, et de ne pas faire ingérence vis-à-vis de la Tunisie qui doit agir librement, en rompant avec les pratiques de négociation et de marchandage sur la politique des flux migratoires pratiquées sous la dictature de Ben Ali ;
- à la Tunisie de diligenter une enquête afin de déterminer les faits et les responsabilités ayant entrainé la mort des migrants ; et de faire en sorte que les coupables, qui n’ont pas respectés les règles de sauvetage en mer, soient jugés et condamnés, et que les familles des migrants obtiennent réparation.






