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Le blocus étendu aux portes d’Athènes
Le 28 juillet dernier, la flottille de la liberté à destination de Gaza devait prendre la mer. Cette flottille était composée de 10 bateaux dont deux cargos chargés de matériel : matériaux de construction interdits à Gaza depuis 5 ans, médicaments, matériel scolaire. 16 pays se sont réunis dans cette action de grande ampleur. La campagne française a affrété deux bateaux, avec une délégation large, composée d’élus dont Laurence Pache, conseillère régionale (PG) du Limousin, et de représentants d’associations.
Le but était humanitaire, mais avant tout politique : briser un blocus illégal au regard du droit international, unanimement condamné par les chancelleries européennes. Il s’agissait d’une véritable action de solidarité internationale, destinée à combattre une situation intolérable, et à faire ce que les Etats ne font pas, c’est-à-dire faire pression pour sortir d’une situation illégitime, injuste, immorale et intenable. La flottille est porteuse d’un message politique : intolérable est toute situation qui brise le droit des peuples à la liberté.
Arrivés en Grèce, nous n’avons pas pu quitter les ports. Pendant une semaine nous avons espéré mais tout a été fait pour empêcher les bateaux de partir : contrôles tatillons provoqués par des dépôts de plainte individuels (tel bateau pour pollution, tel autre accusé d’être une épave), et harcèlement de la bureaucratie grecque. La flottille a même subi des sabotages sur deux de ses bateaux, dont l’un, sur le bateau irlandais, aurait pu avoir des conséquences tragiques.
Pendant ce temps, le gouvernement israélien multipliait les annonces destinées alternativement à inquiéter les militants et à les discréditer. Ainsi, on a pu entendre que des terroristes du Hamas figuraient parmi les passagers, que nous transportions des produits chimiques dangereux, que nous ne cherchions que l’affrontement. A ces accusations grotesques, lancées par une propagande sans scrupule, nous n’avons que notre bonne foi à opposer : la liste des passagers est publique, et nous n’avons cessé de demander l’inspection par l’ONU de nos bateaux. Rappelons que des journalistes étaient présents parmi nous pendant toute la semaine.
Malgré ces pressions, à aucun moment la détermination a faibli. Le 1er Juillet, le gouvernement grec a enfin posé le masque, en donnant l’ordre qu’aucun bateau, quel que soit son pavillon puisse partir des ports grecs en destination de Gaza.
Le « Louise Michel » est donc resté à quai, tandis que le « Dignité-Al Karama » déjouait la vigilance policière et parvenait à rejoindre les eaux internationales avant d’être à son tour bloqué dans le port crétois de Sitia. A chaque fois, ce sont les autorités grecques qui ont pris la responsabilité d’arrêter des bateaux transportant des militants pacifiques.
Une chose est claire : le gouvernement Papandréou, après avoir cédé aux diktats du FMI et des banques a cédé à la pression d’Israël. La leçon est sans appel : par ses choix, le gouvernement grec s’est mis en grande faiblesse, incapable de résister à la pression d’un autre Etat. Qui a renoncé une fois renoncera à nouveau. Ce qui est arrivé à la flottille doit être vu dans le contexte d’une semaine cruciale pour la Grèce car au même moment le Parlement a ratifié un nouveau plan d’austérité dont les effets seront terribles pour le peuple grec. Pour l’illusion d’une sortie de crise, ce gouvernement se dépossède d’une part toujours plus importante de sa souveraineté. En incapacité de faire ses propres choix en matière économique (imposés par la troika UE-FMI-Banque Centrale Européenne présente dans tous les ministères grecs), la Grèce est désormais incapable de décider pour elle même en matière de circulation maritime.
En parallèle, les réactions des gouvernements européens, de Mme Ahston, la représentante de l’Union pour les affaires étrangères ont montré l’hypocrisie des puissances européennes. Tous ont dit que le blocus de Gaza est illégal, mais que la flottille n’est pas une réponse « appropriée ». Qu’est ce donc que la réponse appropriée ? Où est l’action de ces gouvernements pour gagner sur le front diplomatique une fin du blocus ? On ne voit de leur côté qu’attentisme et résignation. Plus largement cet événement soulève une question cruciale : comment agir pour la paix au Proche Orient ? Est-ce en laissant le gouvernement israélien en situation d’impunité lorsqu’il ne respecte aucune des résolutions des Nations Unies concernant la Palestine? Plus encore, une politique internationale est-elle faite d’une somme d’intérêts nationaux préservés partout sur la planète? L’esprit dans lequel il faudrait travailler est tout inverse : œuvrer pour la paix ce n’est pas pousser ses pions ici où là et laisser les situations complexes se dégrader. Œuvrer pour la paix c’est prendre la responsabilité de dire le droit quand c’est nécessaire, quitte à faire pression sur ceux qui ne le respectent pas.
L’expérience de la flottille aura également montré, s’il était encore nécessaire, la faiblesse politique de l’Union Européenne. A privilégier la concurrence « libre et non faussée » et la construction du marché, l’Union s’est doublement éloignée des objectifs de paix qui étaient les siens après 1945 : elle a organisé le primat de la finance sur la politique en renonçant à réguler l’économie, et elle s’est construite en dehors de toute souveraineté populaire en inscrivant dans le Traité de Lisbonne l’impossibilité structurelle de faire d’autres choix. Ainsi, elle est désormais même incapable de garantir la liberté de circulation de ces citoyens. Elle permet, chose étrange, que le blocus de Gaza s’étende jusqu’à Athènes. Elle permet que des dizaines de militants ne puissent embarquer dans ses aéroports pour participer à une action de solidarité contre le mur qui emprisonne la Cisjordanie. La liberté de circulation, idole de nos temps, est valable pour les capitaux et les biens, mais pas pour les individus. Fondée sur aucun choix populaire, elle n’est qu’une illusion de liberté.
Si la flottille n’a pu quitter la Grèce, elle a été un acte politique fort, montrant que ce que ne font les gouvernants, les citoyens doivent le faire. Le gouvernement français, l’Union Européenne, le Quartette, et même le secrétaire général des Nations Unies nous ont proposé de faire rentrer l’aide humanitaire par les « canaux officiels ». Nous ne voulons pas nous plier aux règles du blocus que nous combattons. Nous voulons que la population de Gaza puisse vivre librement, et recevoir librement les internationaux qui souhaitent s’y rendre. La flottille a contraint Israël à se dévoiler. Récemment, le gouvernement israélien annonçait que pour la première fois depuis cinq ans des matériaux de construction étaient rentrés dans la bande de Gaza. Cet effet d’annonce est un aveu sur la nature réelle de ce blocus. Israël nous dit que la situation humanitaire à Gaza ne pose pas de problème, mais dans ce cas, pourquoi ne pouvons-nous y aller ?






