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Nous soutenons la lutte des salariés, des agriculteurs et des petits artisans...

Déclaration du Comité de Martinique du Parti de Gauche
Tous les secteurs de la société martiniquaise sont entrés en lutte. L’Education, l’Hôpital, les métiers de la petite enfance, l’industrie, la grande distribution, les agriculteurs...Des catégories jusqu’ici peu représentées dans les cortèges sont désormais présentes en force. C’est le cas notamment des jeunes et des femmes...Ces dernières sont souvent des mères qui font les courses pour leurs familles et vivent au quotidien le niveau élevé des prix à la Martinique. Mais il y a aussi des retraitées qui, privées de pensions à taux plein, en sont réduites à la misère la plus intolérable, notamment en conséquence des lois Balladur et Fillon...Il faut rappeler que, souvent, c’est parce qu’elles ont assumé seules la tâche très dure de l’éducation de leurs enfants, qu’elles n’ont pas été employées de façon assez stable pour réunir le nombre d’annuités suffisant. Les jeunes, eux aussi, subissent la précarité de l’emploi, mais aussi toutes les frustrations et vexations qu’implique la proximité honteuse entre l’abondance et la misère, la richesse des uns, et la pauvreté des autres.
Si les dernières hausses de prix ont pu jouer le rôle de l’étincelle qui provoque l’incendie, c’est parce que de la matière inflammable s’accumule depuis longtemps dans tous les secteurs de la société. Avant les augmentations les plus récentes, le prix de la vie était déjà très élevé, ce qui, d’après l’explication courante, résultait du coût du transport de marchandises souvent venues de loin. "Justice", l’hebdomadaire du Parti Communiste Martiniquais, a calculé que le prix d’un paquet de pâtes alimentaires, denrée faiblement périssable, était supérieur de 87% à celui qui a cours en métropole. La destruction programmée des emplois agricoles par l’Europe libérale et son "Organisation Commune du Marché Européen de la Banane" (OCMB), qui a permis à la banane dollar de concurrencer la production antillaise, a provoqué la faillite de petites plantations, pour le plus grand bonheur des gros exploitants, qui ont moins de concurrents locaux, et des promotteurs, qui peuvent ainsi spéculer sur le déclassement des terrains ou se lancer dans des projets lourds de conséquences écologiques. Des communes entières sont dédiées soit au tourisme soit à la navigation de plaisance, secteur qui comme tant d’autres ici bénéficie d’un dispositif de défiscalisation. Le modèle de société dominant fait que la consommation de masse de produits fabriqués ailleurs annihile depuis longtemps les efforts de construire une économie locale pourvoyeuse d’emplois stables et de qualité. La main mise de la caste békée, qui ne se mêle pas au reste de la population et dont certains membres se sont récemment distingués par un mépris raciste du petit peuple, le développement d’une moyenne et grande bourgeoisie parvenue et imbue d’elle-même, qui affiche ostensiblement sa richesse, en construisant des maisons surdimensionnées, en conduisant des véhicules hors-de-prix, en prenant l’avion à tour de bras pour faire du shopping à Paris ou à Miaimi, tout cela donne aux Martiniquais le sentiment que le développement de l’île est tourné non pas vers l’intérieur et les besoins de la population mais vers l’extérieur et les profits des classes dominantes. Ce n’est donc pas étonnant que des slogans autonomistes virulents se soient mêlés à la question sociale.
C’est pourquoi certains voudraient réduire la situation actuelle soit à un problème purement institutionnel, soit à un problème communautaire, alors que nous sommes face à une question sociale et politique et que la précarité touche également un certain nombre de métropolitains installés dans l’île, notamment parmi les enseignants contractuels.
Ce dont la Martinique a besoin, c’est d’abord de la fin de l’opacité sur les mécanismes de formation des prix. On sait les rentes de situation que permettent les contextes où la demande est dite captive face au front des monopolistes unis. La rumeur n’a peut-être pas tort de soupçonner l’oligarchie locale de gonfler ses marges pour compenser les dettes de jeu accumulées sur les marchés spéculatifs. Mais on sait aussi combien le sous-développement chronique provoque la pauvreté structurelle. On a donc également besoin de créations d’emplois, notamment dans le service public, où les suppressions de postes doivent cesser. On sait enfin que les bas salaires sont une cause de pauvreté d’autant plus importante que les prix sont élevés. C’est donc au degré d’exploitation de la force de travail qu’il faut s’attaquer. La revendication des hausses de salaires est donc particulièrement pertinente. Mais c’est une mesure politique qui rendra ces hausses viables sur le long terme : les aides publiques aux entreprises doivent être conditionnées et dépendre de garanties pour l’emploi et le niveau des salaires.
Enfin, en Martinique comme partout, les travailleurs ont besoin d’un bouclier social. Les luttes qui se mènent en ce moment nous incitent à approfondir notre réflexion sur cet ensemble de mesures protectrices promues par notre Parti. En effet, le succès qu’a eu le tract "Face à la crise, Sarkozy refuse tout bouclier social", notamment dans la manifestation du 5 février, nous a prouvé que la campagne menée par le Parti de Gauche répondait à des attentes populaires fortes, même ici. Par ailleurs, la discussion fraternelle avec d’autres organisations de la gauche locale, nous a prouvé que les mesures qui constituent ce "bouclier social" étaient assez bien pensées pour s’appliquer jusqu’ici dans leurs grandes lignes, malgré les particularités du contexte antiallais. Ainsi, pour que les augmentations de salaires dont ont besoin les travailleurs martiniquais soient possible, il faudrait un fond compensatoire pour les PME, comme l’affirme le programme du PG concernant le bouclier social et l’augmentation du SMIC.
Transparence dans la formation des prix, créations d’emplois, notamment dans la focntion publique, hausses de salaires, abrogation des lois scélérates sur les retraites et des franchises médicales, bouclier social...Les besoins indéniables de la société martiniquaise ne seront satisfaits que si on trouve des débouchés politiques à la contestation de la rue. Ce n’est pas la droite dure au pouvoir qui fera quoi que ce soit pour les travailleurs. Au contraire, comme elle l’a montré en inititiant la répression à la Guadeloupe, elle se situe dans le camp de son allié naturel, le Capital des îles et d’ailleurs. Par ailleurs, si la France voulait prendre des mesures de régulation des prix, comme a su le faire, pas très loin des Antilles, la Révolution Bolivarienne menée par le Président Hugo Chavez, l’Europe libérale l’en empêcherait, puisque les seules exceptions aux dogmes libéraux tolérées sont celles qui sauvent les riches et les banquiers. Fondé le 07 janvier 2009, le Comité de Martinique du Parti de Gauche espère que le mouvement social soit le point de départ d’un vaste raz-de-marée populaire et citoyen qui conduise des secteurs non encore conscientisés de la population à rejoindre les rangs de la gauche politique, syndicale et associative pour un changement radical de la société, pour un alterdéveloppement social, anti-consumériste et anticapitaliste, aux Antilles, en France, en Europe et dans le Monde. Le Comité espère que, partout en France, les travailleurs puissent initier à l’échelle de la République ce mouvement de masse que nous appelons de nos voeux, pour que, sur la route qui va de 2009 à 2012, les jalons soient posés vers la construction d’une République Démocratique, Sociale et Ecologique. Le Comité espère pouvoir apporter sa pierre à ce mouvement populaire, en approfondissant sa réflexion sur le bouclier social et en le proposant à la population martiniquaise, à travers des rencontres avec les organisations de gauche et des réunions publiques d’éducation populaire. Le Comité adresse ses voeux de succès aux travailleurs en lutte à la Martinique, à la Guadeloupe et, bientôt, à la Réunion, et ses remerciements aux personnes qui se rassemblent pour nous soutenir partout en France. Enfin, le Comité tient à remercier le camarade René Revol, membre du Bureau National du PG et maire de Grabels, près de Montpelier, qui est à la Martinique en ce moment, où il a rencontré syndicalistes et militants du collectif du 5 février, pour son écoute fraternelle et sa solidarité.
Fort-de-France, le 18 février 2009
Le Comité de Martinique du Parti de Gauche





