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La commission des sondages du côté des sondeurs
La commission des sondages a rejeté les demandes du candidat du Front de gauche concernant les manipulations du sondage d’Harris interactive du 7 septembre. Un recours devant le Conseil d’Etat a été déposé.
Est-ce un hasard ? Ces derniers temps, les sondages ont une fâcheuse tendance à minimiser l’impact des idées de gauche sur le corps électoral. La sous-estimation flagrante par les instituts de sondages du score d’Arnaud Montebourg au premier tour de la primaire socialiste en est un indice.
Auparavant, le sondage Harris Interactive publié dans Le Parisien du 7 septembre avait déjà mis la puce à l’oreille de Jean-Luc Mélenchon. En effet, ce jour-là, alors que tous les autres sondages « scientifiques » notent le candidat du front de gauche à la hausse, seul celui d’Harris l’estime à la baisse en cas de candidature de François Hollande. En toute « objectivité », le journal Le Monde s’empresse de conclure que cette dernière « limite le risque de dispersion des voix à gauche». Pire, en suivant la note de synthèse du sondeur, Le Parisien en déduit qu’il « apparait même un certain décalage entre les sympathisants du Front de Gauche qui ne nient pas la nécessité de prendre des mesures contre l’ampleur des déficits et le discours volontariste du candidat ». La messe est dite : même les sympathisants du Front de gauche sont favorables à la règle d’or ! Un sondage bidon et des commentaires fallacieux : tout concourt à atténuer l’influence du Front de gauche et à persuader les électeurs de ne pas se « disperser » en votant utilement pour l’austérité.
« Comment des vérités "scientifiques" aussi fondées peuvent-elles être aussi contradictoires », s’interroge alors raisonnablement le co-président du Parti de gauche sur son blog. Le 12 septembre, il pose la question à la commission des sondages et en profite pour la saisir au sujet de violations à la loi de 1977 relative aux sondages. Réponse de l’instance dans sa lettre du 22 septembre : « la seule circonstance que d’autres sondages relatifs à la même élection et réalisés durant la même période comportent des résultats différents n’est pas de nature à révéler un défaut de qualité du sondage incriminé ». Point barre. Chercherait-on plus loin dans la lettre des arguments rationnels et scientifiques pour étayer cette affirmation qu’on en trouverait pas, c’est « circulez, il n’y a rien à voir » : la terre est plate, un point c’est tout.
Et pourtant elle tourne. « Le Conseil d’Etat a donc été saisi d’une requête, explique Raquel Garrido, l’avocat de Jean-Luc Mélenchon dans cette affaire. L’application de la loi de 1977 n’est certes pas une garantie absolue contre un sondage biaisé, mais il n’est pas acceptable que la Commission des Sondages ne fasse pas appliquer la loi ». Car le sondage d’Harris du 7 septembre présente d’autres irrégularités dénoncées par le député européen. Ainsi la loi de 1977 oblige le sondeur à déposer une notice, accessible à tous, auprès de la commission des sondages. Cette notice doit en principe permettre aux citoyens de trouver les éléments qui lui permettent d’évaluer l’objectivité et la qualité du sondage en question. Mais « dans le cas d’espèce, la notice communiquée à M. Mélenchon ne contenait pas les mentions obligatoires, ce qui rendait impossible tout contrôle de qualité. C’est ainsi qu’un sondage faux et biaisé s’est retrouvé publié sous couvert de la scientificité des sondages », explique Raquel Garrido.
Que répond la commission des sondages face à cette violation de la loi ? Saisit-elle le Procureur de la République afin qu’il poursuive l’auteur du délit, que ce soit le journal qui omet de mentionner le droit d’accès à la notice ou le sondeur qui omet de fournir une notice complète ? Non. Elle se contente laconiquement de joindre à sa lettre la photocopie du site internet d’Harris sur les modalités de composition de l’ « access panel ». Des modalités qui ne recouvrent en fait que des généralités portant sur toutes « les études de marché » réalisées par Harris Interactive. Soit dit en passant, on peut s’interroger sur le sérieux de cette commission qui règle les problèmes à coup de photocopies. Car « en renvoyant ainsi M. Mélenchon à un site web, la commission est dans la négation même de sa fonction de contrôle » estime Maitre Garrido.
Cependant la lecture de cette page web est instructive. On y apprend que pour recruter son panel, Harris met en place « un programme d’incentive étudié pour éviter tout risque de professionnalisation des répondants ». Incentive ? Qu’est-ce à dire ? C’est un mot anglais utilisé dans le e-business qui signifie « motivation ». Il s’agit « d’inciter » les répondants. En clair, le panel est constitué de gens qui s’inscrivent par internet et qui reçoivent des cadeaux pour se motiver à répondre aux sondages. Une méthode « scientifique » belle comme de l’e-business en somme ! Mais en quoi consistent exactement ces « incentives » ? La photocopie n’en dit mot et la commission ne semble pas s’en inquiéter. Elle ne demande en effet aucune précision à l’institut de sondage or, comme l’explique Raquel Garrido dans le recours devant le Conseil d’Etat : « l’acceptation, par elle, d’une réponse incomplète est une violation à la loi ».
Surtout que ces « cadeaux » peuvent directement fausser le résultat du sondage. Ainsi le taux ridicule d’abstention (entre 0 et 3%) du sondage du 7 septembre s’explique par le mode de passation des questionnaires. Comme l’a montré, en juin 2006, une étude d’Essomar, l’organisme européen des sondeurs, 54 % des sondés mentent pour gagner le cadeau offert par les instituts de sondage. Ainsi les sondés, de l’aveu même des sondeurs, veulent gagner les cadeaux offerts et adaptent leurs réponses en conséquence ! Des lors le taux d’abstention est très sous-estimé et constitue le vice fondamental du sondage qui a nécessairement des effets sur tout le reste des résultats.
Quand est-il par ailleurs des méthodes de redressement appliqué à ce sondage du 7 septembre ? La commission est claire : « la méthode utilisée pour établir les résultats est le redressement par le souvenir du vote à l’élection présidentielle de 2007 ». Mais c’est précisément ce qui était contesté par le candidat du Front de gauche puisque en l’occurrence, il n’était pas candidat lors cette élection ! Il est probable que son score ait été redressé en fonction du résultat du seul PCF. Les résultats bruts sont donc systématiquement rabaissés. Ceci témoigne d’un évident parti-pris politique des sondeurs pour ou contre un candidat. On se souvient ainsi d’un sondage d’Harris de mai 2011 qui mettait Marine Le Pen en tête du premier tour de l’élection présidentielle par le simple effet d’un redressement subjectif et idéologique.
En rejetant systématiquement les demandes de Jean-Luc Mélenchon et en refusant d’accomplir sa mission qui est de faire respecter la loi, la commission des sondages se fait la complice de pratiques hautement contestables qui mettent en danger la démocratie elle-même. Le Conseil d’Etat a donc été saisi d’une requête afin de faire la lumière sur les faux-semblants et autres manipulations des instituts de sondages. A suivre.





