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Exposition : le peuple de Paris au XIXe siècle

Samedi 17 Décembre 2011
  Benoit Schneckenburger

Les expositions qui donnent à voir le peuple sont si rares qu’il faut saluer l’initiative du Musée Historique de la Ville de Paris. En six salles, on comprend quelle fut la condition des classes populaires des grandes villes forgées par le capitalisme industriel naissant. En quelques années, des masses importantes de villageois, paysans et immigrés sont jetés aux marges de la ville, créant les premières banlieues d’un Paris en pleine constitution. Le caractère populaire de Paris est attesté par les travaux du Baron Hausmann qui tracent une topographie des lieux de l’émeute toujours possible et toujours à circonscrire avec les casernes reliées entre elles par les actuels grands boulevards. Car au XIX° siècle, Paris est fait d’ouvriers et de petits artisans. Ce peuple invisible mais toujours craint se donne à voir lorsqu’il entre en action politique. Après les trente glorieuse, Victor Hugo a ce mot sublime : «Hier vous n’étiez qu’une foule, aujourd’hui vous êtes un peuple.»

Le peuple des grandes villes est un peuple de travailleurs, et nous voyons avec émotion les outils, les habits et les ateliers reconstitués. Le peuple de Paris est aussi un peuple de domestiques et notamment de domestiques femmes. C’est dans le détail que l’on perçoit mieux comment l’exploitation de la main d’œuvre obsédait la bourgeoisie, par les livrets de travail, où mieux encore les règlements des maisons d’éducation des nourrices, pour qui la vente de la force de travail relevait d’une exploitation directe de leurs corps.

On prend conscience de l’opposition entre les conditions réelles de vie et l’image dénaturée qu’en donne la représentation dominante. Aux gestes simples, aux taudis plein de vermines, dont Engels tracera lui aussi un tableau décisif dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845), répondent les caricatures de la bourgeoisie raillant la canaille, l’ivrognerie. On le sait, il faut toute l’audace d’un Zola pour écrire L’Assommoir et oser donner à voir la réalité sociale.

Tout le mérite de cette exposition, c’est de confronter comment le peuple se montre dans son folklore, ses chants, ses organisations alors qu’il est voué au dénigrement et au dédain. Hier déjà on jetait l’opprobre sur les classes dangereuses et les nomades. Il est toujours difficile au peuple de prendre toute sa place !

Musée Carnavalet Paris, jusqu’au 26 février 2012

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