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Front de Gauche des luttes : un rassemblement inédit

Aux quatre coins du pays et de ses usines, des Fralib de Gémenos aux Petroplus de Petit-Couronne, le Front de Gauche des luttes continue sa marche en avant. Lancé le 25 octobre dernier depuis la Gare d’Austerlitz (Paris) aux côtés de pompiers en grève, ce rassemblement inédit de militants politiques et syndicaux pourrait devenir une des plus belles réussites de la campagne.
Des images fortes illustrant les combats s’amoncellent. Il y a la joie et l’enthousiasme des ouvriers de Fralib lorsqu’ils apprennent l’annulation le 17 novembre dernier du plan social et des licenciements par le tribunal d’Aix-en-Provence. Après plus d’un an de combat, et même si la multinationale Unilever refuse toujours de baisser la garde, quel moment de bonheur ! Mais il y a aussi la détresse à Montataire, quand les salariés de l’usine Still-Saxby se recueillent à la mémoire de José Monteiro, le délégué syndical CGT décédé d’une crise cardiaque et engagé avec ses camarades contre la fermeture de son lieu de travail. Le même jour et au même endroit, il y a le visage défait de Xavier Mathieu, venu apporter son soutien et qui lâche devant une assemblée de syndicalistes : «J’ai beaucoup de problèmes dans ma vie en ce moment. La lutte c’est bon, mais ça laisse beaucoup de traces». Et puis ce même Xavier Mathieu prenant la parole au micro devant une foule venu le soutenir le 4 janvier, jour de son procès : « je suis fier d’avoir été le porte-parole de la classe ouvrière ».
Ces situations, riches en émotion, en larmes et en sourire, dressent le portrait d’une France que certaines belles personnes considéraient comme passé de mode, ringarde, archaïque. Une France belle et rebelle. Belle par sa solidarité et sa dignité. Rebelle par son esprit frondeur, son insoumission, sa capacité de résistance. Une France invisible aussi. Combien de fictions à la télévision, au cinéma racontent le combat des salariés contre les fermetures d’usine, pour l’augmentation des salaires ? Combien d’ouvriers dans les séries françaises ? Au Parti Socialiste, le think tank social-libéral Terra Nova préconisait l’été dernier dans un rapport de ne plus considérer les ouvriers comme un électorat gagnable par la gauche. Devenus irréconciliablement réactionnaires, xénophobes, antimondialisation, les ouvriers seraient pour de bon à droite, voire à l’extrême droite...
Le succès du Front de Gauche des luttes démonte, si besoin en était, l’analyse. Nombreux sont les salariés à s’emparer de cet outil qui leur offre un moyen de sortir de l’ombre et de faire converger leurs luttes. Un déplacement de Jean-Luc Mélenchon dans une usine en grève amène les caméras qui filment et relaient les combats, révélant les visages de la lutte. Et, en coulisses se mutualisent les différentes expériences, s’ouvrent des passerelles. Ainsi les salariés de Hebdo Print se sont entretenus le 4 janvier avec François Longérinas au sujet de l’économie sociale et solidaire, dans la perspective de monter une Scop.
Il ne s’agit ni de se substituer aux syndicats ni de remettre en cause leur indépendance. Mais, reconnaissait Didier Le Reste (ancien dirigeant de la CGT Cheminot) en octobre dernier « Le mouvement syndical s’est éloigné du politique, et cela a été préjudiciable au monde du travail ». Aussi, aujourd’hui, ce sont les syndicalistes qui contactent eux-mêmes Laurence Sauvage (PG) et Eric Corbeaux (PCF), les animateurs du Front des luttes. Et c’est plutôt bon signe.
Maxime Prieto
La page web du Front de Gauche des luttes : http://www.placeaupeuple2012.fr/frontdesluttes/
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