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Médicaments, la loi du profit

Vendredi 20 Janvier 2012
  Jean-Baptiste Celli

En aout dernier, une énième alerte contre le risque de pénurie de médicaments en France était déclenchée. Xavier Bertrand promettait alors une grande réforme. Pourtant la loi sur le contrôle des médicaments, votée le 19 décembre dernier à l’Assemblée nationale, a accouché d’une souris. 350 médicaments manquent en effet toujours régulièrement à l’appel. Plus qu’un risque, la pénurie est une conséquence réelle des politiques libérales de santé.

Les acteurs privés de la filière se renvoient la balle. Les labos pharmaceutiques ont trouvé plus spéculateurs qu’eux. Victimes à leur tour de la concurrence libre et non faussée, ils accusent les « shorts liners », ces nouvelles pharmacies semi-grossistes, de profiter du libre jeu entre les marchés des différents pays pour revendre les médicaments aux plus offrants. La France, dont les prix des médicaments remboursables par la sécurité sociale restent bas car administrés publiquement, est une cible idéale. Insensible aux ruptures de stocks, les shorts-liners achètent ainsi à prix bas dans l’hexagone et revendent sur des marchés plus rémunérateurs.

Mais pour l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), ces shorts liners ne représentent « que 2% du marché ». Pour eux, le problème vient des labos. Ces derniers imposent en effet des quotas sur près de 600 médicaments afin d’éviter que ceux-là soient revendus à l’étranger par d’autres qu’eux-mêmes. Cependant, une telle méthode revient pour les laboratoires à réserver une répartition plus importante de leurs produits à des pays où les médicaments sont vendus plus chers. Et ceci au détriment des autres qui connaissent alors des ruptures de stocks en série. «Les ruptures de médicament, se défend cyniquement le syndicat des labos, le Leem, résultent de facteurs impossibles à anticiper comme les mauvaises conditions météo et les catastrophes naturelles ».

Dernièrement Jean-Luc Mélenchon dénonçait le cas du paracétamol. Ce médicament est l’un des plus prescrits au monde. Pourtant, sa faible rentabilité a conduit les laboratoires à ne plus le produire en France. On assiste donc bien à un double profit pour les labos sur le dos de la santé. D’une part avec les délocalisations de l’emploi industriel ; de l’autre avec la spéculation sur les prix des médicaments. Conséquence : la pénurie de médicaments s’étend. Elle touche les pays en voie de développement pourtant producteurs à 80% des matières premières pharmaceutiques, l’Europe, les Etats-Unis, le Canada. En France, le Front de gauche propose un pôle public du médicament qui interviendra autant sur la recherche et la production que sur la distribution de celui-ci.

Jean-Baptiste Celli

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