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Tricentenaire Jean-Jacques Rousseau : l’ami du peuple

Vendredi 20 Janvier 2012
  Benoît Schneckenburger

Cette année célèbrera le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, philosophe que l’on peut ériger à plus d’un titre au rang d’ami du peuple. En effet, celui qui en voyage à Venise découvrit que « tout tenait radicalement à la politique » traversa les Lumières françaises en affirmant un principe essentiel, mais impensé jusqu’à lui, le peuple constitue le seul souverain légitime. Principe d’une telle importance que Lakanal, lors du transfert de ses cendres au Panthéon s’exclama : « c’est la Révolution française qui nous a appris à lire Jean-Jacques Rousseau ». En effet, c’est par elle que sont mises en œuvre les conséquences du système rousseauiste : le peuple ne se produit qu’en faisant la loi, il est un corps politique et non un héritage social ou ethnique. La loi se produit par la « volonté générale », dans le moment de la délibération qui en fait la dignité de la politique et vise toujours par là à l’intérêt général. Nul comité de sages, le peuple seul est compétent, seul il peut décider rationnellement et dépasser les intérêts particuliers dans l’exercice de la politique.

Rousseau n’en est pas resté là. Penseur du peuple il l’est aussi à l’occasion de sa collaboration, certes tumultueuse, à l’Encyclopédie : dans l’article « Économie politique » il nie que le droit de propriété soit premier. La préservation de la liberté et de l’égalité des citoyens doit toujours l’emporter dans les décisions de l’État. Ce dernier doit donc combattre le développement de l’inégalité qui devient le ferment de la destruction de la société.

Au delà du citoyen Rousseau, il y a Jean-Jacques, penseur d’une nouvelle subjectivité, pré-romantique, mais aussi attentif à l’enfant qui dans l’Émile devient une personne à part entière, marquant une rupture décisive au XVIII° siècle. Gavroche est le digne descendant de Rousseau ! L’éducation comme la loi participent de la construction de la personne et de son émancipation, au fond le principal objet d’étude de Rousseau.

Penseur du peuple, il met au cœur de sa réflexion la préservation de la liberté. Il faut le rappeler contre tous ceux qui, dans les années 1990 ont voulu entreprendre une révision de l’histoire et assimiler la Révolution et Rousseau au totalitarisme. Le Contrat Social (1762) commence par ces mots « l’homme est né libre et partout il est dans les fers », et le pacte social consiste à rendre compatibles nos libertés individuelles entre elles : « chacun, s’unissant à tous, [n’obéit] pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant. »

Benoit Schneckenburger

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