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Les nouveaux chiens de garde
Et il y parvient allègrement. Le résultat qui mélange images d’archives et enquêtes récentes est percutant. Le documentaire débute avec ces images d’une émission de 1993 dans laquelle Anne Sinclair et Christine Ockrent rient au souvenir du ministre Alain Peyrefitte qui dans les années 60 s’invitait à la télévision pour décider du contenu des programmes. « C’est antique, c’est soviétique », s’esclaffent-elles. Mais, ironie de l’histoire, c’est le spectateur du film qui rit à présent. Quelle douceur de voir en effet ces deux épouses de ministre se draper dans le manteau de l’indépendance dite « moderne » et de la neutralité. Pire, elles ne se rendent même pas compte que cette prétendue indépendance est justement le résultat de la décision du ministre dont elles se moquent. « L’animateur sera comme un meneur de jeu qui devra s’effacer pour laisser la place soit aux images soit aux meilleurs spécialistes d’une question pour permettre une meilleur objectivité et la dépolitisation », annonçait-ce dernier en 1964. Le film montre que c’est précisément ce vieux rêve de droite qui a été réalisé depuis avec zèle par les chantres de la pseudo objectivité journalistique : faire de la politique sans en avoir l’air.
Et pas n’importe quelle politique. Car derrière le masque se cache la connivence avec les puissances de l’argent : conférences pour la promotion des groupes privés, payées à prix d’or à des présentateurs télé ; faux experts qui se partagent les plateaux et martèlent sans cesse l’unique et même message libéral ; collusion de tout ce petit monde avec celui de la finance lors des fameux diners du Siècle. Bref avec ce film il n’y pas que le roi qui est mis à nu. Ses serviteurs le sont également. Réjouissant.
Jean-Baptiste Celli





