ARGUMENT •
LIRE TOUS LES ARGUMENTS
Les enjeux du vote du 7 juin
entreprise
euro
front de gauche
la poste
nicolas sarkozy
parlement européen
pêche
salaires
traité de lisbonne
énergie
Mardi 5 Mai 2009
Jean-Luc Mélnchon
Le scrutin du 7 juin est une chance. Une chance pour le peuple qui va enfin pouvoir reprendre la parole sur l’Europe. Une parole qui lui a été confisquée depuis 2005. Les tenants de l’Europe libérale du Traité de Lisbonne, Sarkozy en tête, aimeraient bien enjamber ce vote, comme ils ignoré et trahi le vote populaire du 29 mai 2005 contre la constitution européenne.
Le vote du 7 juin est aussi une chance pour tous ceux qui veulent dire dans les urnes la volonté de changement qui monte dans le pays. Car c’est la première élection politique nationale depuis la présidentielle de 2007. C’est aussi la dernière avant celle de 2012. Cette élection est donc très politique! Ne laissez pas dire qu’elle ne compte pas. Car la droite aimerait bien se passer de cet obstacle civique sur sa route.
Donc il faut d’abord formuler un vote sanction. Un tel vote modifiera le rapport de forces autant sur le plan politique que social dans notre pays. Sanctionner l’Europe libérale et sanctionner la politique de Sarkozy c’est la même chose! Sarkozy et l’Union européenne actuelle mènent exactement la même politique. Avec la même inconscience du danger à propos de la désintégration économique qui s’avance. Est-ce croyable? Le Conseil européen se dit «confiant sur les perspectives de l’économie européenne» et se félicite que «la mise en œuvre du Plan européen de relance a progressé de manière satisfaisante.»! En écho, Sarkozy déclare : «nous n’avons pas fait d’erreurs». Voyez encore, à propos de la crise les conclusions du conseil européen du 20 mars et le discours de Sarkozy à Saint Quentin le 24 mars. Un concert de perroquets. Faut-il soutenir plus fortement l’activité et la demande sociale? Le Conseil européen répond qu’«il faudra du temps pour que les effets positifs se fassent ressentir». Et Sarkozy répète que «le bon sens, la sagesse, c’est d’attendre que les mesures produisent leurs effets». Ne faut-il pas changer de cap et tourner la page des politiques libérales? Le Conseil européen répond au contraire que «la crise fait ressortir la nécessité de poursuivre et d’accélérer les réformes structurelles». Et Sarkozy confirme brutalement: «nous devons profiter de la crise pour accélérer les changements structurels». Profiter de la crise pour faire pas davantage de politique libérale, ça c’est bien le cynisme de Nicolas Sarkozy!
Pour les arrêter il ne faut pas se débarrasser de nos responsabilités de citoyens sur le mouvement social. Il faut barrer la route de la droite dans les urnes. C’est le vote utile que propose le Front de Gauche. Pour cela nous proposons, dans l’unité, un programme politique pour changer d’Europe et une stratégie pour l’implication populaire.
Changer d’Europe c’est d’abord arrêter la ratification du Traité de Lisbonne qui se poursuit dans le dos des peuples et contre leur avis quand ils se prononcent. Pour stopper le Traité de Lisbonne, on ne peut faire confiance ni à la droite qui l’a rédigé, ni au PS ni aux Verts dont les parlementaires ont permis sa ratification en France en refusant de s’y opposer, et au parlement européen en l’adoptant. Le Front de Gauche regroupe les seules forces parlementaires de gauche qui s’opposent au Traité de Lisbonne, dans la continuité et la fidélité au vote populaire du 29 mai 2005. Le vote utile est là.
Changer d’Europe c’est ensuite tourner la page des politiques libérales. Car face à la crise, l’Europe devrait être la solution. Elle est devenue le problème. La libre circulation des capitaux, le libre-échange, la concurrence « libre et non faussée », la négation des services publics, l’interdiction de toute solidarité et de toute redistribution, sont les racines de l’effondrement d’un système qui aggrave les inégalités et détruit l’environnement. Par exemple, comment l’Europe pourrait-elle empêcher les crises financières alors que ses traités affirment que « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites. » (article 56 TFUE depuis le Traité de Lisbonne)? En rupture avec le Traité de Lisbonne, le Front de Gauche propose au contraire de passer immédiatement à l’harmonisation sociale, à commencer par une élévation générale des salaires. Contre les plans de licenciements des groupes multinationaux nous proposons le droit de veto des comités d’entreprises européens. Pour sauver les services publics, nous proposons d’arrêter immédiatement la libéralisation des secteurs vitaux comme la poste, le rail, l’énergie. Et de jeter ainsi les bases de véritables services publics européens. C’est impossible avec les partis du PSE qui ailleurs en Europe gouvernent avec la droite et soutiennent Barroso. Dans cette élection, le bulletin de vote de gauche sans compromis avec la droite c’est celui du Front de gauche.
Ces mesures d’urgence et d’intérêt général peuvent rassembler une majorité populaire. Pour cela le Front de Gauche est ouvert non seulement aux militants de toute la gauche, mais aussi aux syndicalistes, aux responsables associatifs et aux citoyens qui veulent dire stop à Sarkozy et stop à cette Europe. Le message du Front de Gauche portera s’il est appuyé sur une véritable insurrection civique. Le Front de gauche veut être un Front populaire! Contre la droite d’abord. Mais aussi face à la gauche qui renonce. Et face à la gauche qui divise. L’Europe et la France dévastés par le libéralisme ont besoin de ce coup de tonnerre à gauche.




