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Climat : le double échec européen
Mardi 5 Mai 2009
Franck PUPUNAT
L’enjeu principal du sommet des 11-12 décembre et plus largement de la présidence française était de décliner concrètement dans un « paquet climat » les objectifs pris lors d’un précédent sommet en mars 2007 et notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20% d’ici à 2020 par rapport à ce qu’ils étaient en 1990.
Or, l’accord trouvé le 12 décembre par Sarkozy correspond au pire scénario imaginé :
➢ l’engagement de réduction est contredit par de multiples dérogations qui permettent à l’Europe de se défausser sur le reste du monde : 2/3 des réductions de GES pourront se faire hors du territoire européen, par des compensations carbone : par exemple en achetant de futures plantations d’arbres dans les pays en voie de développement censés à terme absorbés du CO²...ce qui ne compense absolument pas la pollution déjà émise !
➢ Le principe « pollueur payeur » ne s’appliquera quasiment pas puisque, sous couvert de sauvegarde de la compétitivité, les quotas de « droits à polluer » seront toujours gratuits pour les industries de nombreux pays, sous la pression notamment des industriels, de l’Allemagne, de la Pologne, de l’Italie. Alors que la Commission et la France avaient prévu que les quotas deviendraient payants de manière à pénaliser financièrement les pollueurs.
➢ Aucun système de sanctions efficace ne sera mis en place pour inciter les pays à tenir leurs engagements en cas de dépassement des quotas attribués
➢ De fait, l’accord, par la faiblesse des fonds de solidarité mis en place, acte un refus de soutenir financièrement les efforts des Pays en Développement pour limiter leurs émissions de GES. De ce fait, le sommet européen a précipité l’échec du sommet ONU de Poznan.
Greenpeace, Réseau Action Climat, WWF, Les Amis de la Terre ont déclaré : « c’est une journée noire pour l’Europe. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont tourné le dos à leur responsabilité de protéger le climat. Angela Merkel, Silvio Berlusconi, Donald Tusk devraient avoir honte. La Présidence française de l’Union européenne quant à elle a laissé l’Europe s’engluer dans les intérêts de court terme des Etats membres et des industries les plus polluantes, aux dépens de la volonté des citoyens européens et du sort de millions de personnes à travers le monde. » Le Parlement Européen peut certes amender l’accord des chefs d’Etat. Néanmoins, l’orientation politique actuelle du Parlement et son acceptation du système capitaliste ne lui permettront probablement pas de réagir à la hauteur de l’enjeu.
L’échec européen est aussi un échec mondial : de Bruxelles à Poznan
En parallèle du sommet européen, se tenait à Poznan (Pologne) du 1er au 12 décembre 2008 la 4e rencontre des parties au Protocole de Kyoto, entré en vigueur en février 2005. Le sommet européen devait montrer l’exemple et déterminer pour partie la réussite de cette conférence des Nations Unies. Pour les Pays en Développement, la réduction des émissions et l’adaptation représente un coût astronomique : il est estimé à 100 milliards annuels ne serait-ce que pour stabiliser les émissions. Or ces pays sont ceux qui actuellement pâtissent le plus du dérèglement climatique sans en être les responsables. L’enjeu essentiel de la conférence des Nations Unies était donc lié au financement ... sur lequel l’Union Européenne n’a finalement rien décidé. Cette décision est reportée à mars 2009 pour fixer la proportion des fonds issus du « paquet climat » qui seront affectés par l’Europe aux pays du Sud.




