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Contribution de la commission Agriculture du Parti de Gauche à la consultation sur les priorités scientifiques de l’INRA pour 2010-2014

Remarques d’ordre général
1. Le Parti de Gauche considère comme un fait positif l’initiative de l’INRA de soumettre à consultation publique ses orientations. Une consultation des parlementaires nationaux nous paraîtrait également indispensable tout comme la mise en place de mécanismes de suivi et d’évaluation associant différents acteurs (notamment les élus, les organisations agricoles et syndicats dans leur diversité, les associations de consommateurs et de défense de l’environnement).
2. Pour le parti de Gauche, Le modèle agricole actuel, marqué par une soumission croissante de l’agriculture aux intérêts du capital sous ses différentes formes, mène à une impasse susceptible de contribuer à une crise majeure de l’Humanité elle-même :
* L.’agriculture mondiale ne nourrit pas de façon satisfaisante la totalité de la population et un sixième de celle-ci souffre en permanence de faim. La principale raison en est aujourd’hui l’inégale répartition des ressources et des revenus. Mais, sans révolution majeure des modes de production et de consommation, se posera aussi dans les prochaines décennies également un problème d’insuffisance de production, notamment du fait de la raréfaction de certaines ressources (terre, eau, énergie, phosphates).
* La population paysanne est en crise dans de nombreuses régions du monde. La grande pauvreté est ainsi surtout concentrée en milieu rural, mais cette crise génère l’exode rural permanent d’une population appauvrie et elle se propage à l’ensemble des secteurs. La poursuite de cette saignée de la population agricole est annonciatrice de crises écologiques, sociales et politiques, de migrations massives de populations et de nouveaux conflits et drames humains majeurs.
* Les modèles de production agricole et de consommation alimentaire dominants et leur généralisation se traduisent par une importante contribution au réchauffement climatique, alors que l’agriculture pourrait apporter une réponse à cette crise globale. Par ailleurs, la croissance de la production agricole repose sur la consommation de ressources limitées (notamment énergie, phosphates et eau) et bien souvent au détriment de la reproduction des écosystèmes cultivés. Les modes de consommation des pays riches constituent de plus un immense gâchis de ressources. La poursuite des actuels modes de production agricole et de consommation alimentaire non seulement accentuera la crise écologique globale, mais, de plus, menacera la pérennité de la production agricole elle-même.
3. En réponse à la crise sociale et écologique, il en va de l’intérêt général que l’agriculture soit en mesure :
a) d’alimenter correctement l’ensemble de la population mondiale (soit plus de 9 milliards de personnes d’ici le milieu du siècle) ;
b) de préserver et restaurer les écosystèmes dégradés et d’opérer une transition vers des modes de production et de consommation viables sur le long terme, c’est-à-dire contribuant à limiter le réchauffement climatique et économes en ressources non renouvelables ;
c) d’assurer des conditions d’existence satisfaisantes à la population agricole ;
4. Ces enjeux alimentaires, écologiques et sociaux impliquent dde soutenir l’agriculture paysanne, notamment en matière d’accès aux ressources productives, d’intégration dans les marchés (notamment, prix rémunérateurs et stables) et d’appui pour mettre en oeuvre la transition écologique de l’agriculture.
5. C’est pourquoi le Parti de Gauche considère que de nouvelles politiques agricoles doivent être mises en place sur la base de l’intérêt général des générations actuelles et futures. Dans ce cadre, l’évolution des objectifs et des méthodes des organismes de recherche agronomique constituent un impératif. Nous attachons une attention particulière à l’INRA, en tant qu’organisme public de recherche et devant ainsi répondre à l’intérêt général en pleine indépendance -notamment financière- par rapport aux intérêts particuliers.
6. La mention dans le document soumis à consultation de la nécessité d’une « rupture » avec le passé et d’approches systémiques et pluri-disciplinaires permettant de prendre en compte simultanément les objectifs alimentaires, environnementaux, énergétiques et sociaux sont positives. De même que l’intégration dans les priorités des questions environnementales et de la lutte contre les gaz à effet de serre.
7. Cependant, nous souhaitons aborder quatre questions sur lesquelles le document nous semble insuffisant pour répondre aux défis des décennies à venir :
8. En premier lieu, la recherche agronomique est toujours conditionnée à des choix politiques globaux relatifs au modèle d’agriculture qui est promu. Les activités passées et actuelles de l’INRA ont ainsi largement été conditionnées par le choix d’un modèle agricole visant une maximisation des rendements à l’hectare au moyen de paquets technologiques basés sur des variétés et espèces animales à hauts rendements, des systèmes de production spécialisés et des écosystèmes simplifiés, l’usage intensif d’intrants (engrais, produits phyto-sanitaires) et d’eau, une mécanisation/motorisation visant à accroître la dimension des exploitations. Modèle cohérent avec les choix de s’inscrire dans une course à la compétitivité sur les marchés mondiaux, de soumettre l’agriculture aux impératifs de la valorisation du capital et de laisser à l’Etat, à la société dans son ensemble ou aux générations futures la charge des coûts et dégâts sociaux et environnementaux induits par ce modèle. Pour l’avenir, le document mentionne bien un certain nombre de défis (alimentaire, énergétique, environnemental et social) que nous partageons globalement (et le fait de poser les défis comme vous le faites correspond bien à une rupture avec le passé), mais reste silencieux sur le type d’agriculture apte à répondre à ces défis. Or, ceci doit d’autant plus être précisé que, là aussi, il nous semble devoir y avoir une rupture indispensable par rapport au modèle actuel.
A ce sujet, trois éléments nous semblent devoir être mis en avant, car influant nécessairement sur les choix en matière de recherche agronomique :
a) Une priorité à l’agriculture productrice d’aliments,
b) Une agriculture paysanne, diversifiée, créatrice d’emplois, bénéficiant de prix suffisamment rémunérateurs pour ne pas être forcée à une course éffrénée à la compétitivité sur le marché mondial,
c) L’organisation d’une transition vers l’ « après-productivisme », c’est-à-dire vers une agriculture écologique (notamment l’agriculture biologique en tant que telle, qui mériterait d’être mentionnée dans le document !), contribuant à la lutte contre le réchauffement climatique, économe en ressources et en intrants chimiques et génératrice de bio-diversité, ainsi que vers des modes de consommation pérennes, ce qui implique la relocalisation d’une partie des productions. A ce sujet, une priorité doit être le rapprochement des cycles du carbone et de l’azote au moyen notamment de la réintégration des productions céréalières, des productions protéagineuses et des activités d’élevage.
9. En second lieu -et découlant des orientations précédantes-, l’objet de recherche principal doit surtout être l’écosystème cultivé lui-même -et ses différents compartiments- et l’ensemble des pratiques qui lui sont appliquées au niveau de l’exploitation (système de production) ou du territoire (système agraire). En effet, la transition vers une agriculture écologique implique de tendre vers une optimisation du fonctionnement des écosystèmes eux-mêmes, permettant notamment, chaque fois que possible, de se passer d’intrants extérieurs. Même si le document soumis à consultation marque bien une évolution en ce sens, cela mériterait d’apparaître beaucoup plus explicitement.
10. En troisième lieu, si la recherche agronomique doit répondre aux objectifs économiques, alimentaires et environnementaux globaux mentionnés, elle ne pourra le faire efficacement qu’en partant de l’étude des systèmes de production existants et en cherchant à apporter des réponses aux difficultés concrètes rencontrées par les paysans en vue d’améliorer ces systèmes, plutôt qu’à travers le modèle classique de « transfert » de solutions techniques types conçues par la recherche. D’autant plus que les connaissances et les savoir-faire paysans peuvent souvent apporter des réponses -ou du moins des pistes- à nombre de problématiques de recherche et que ces savoir-faire et connaissances ont malheureusement été bien souvent négligés par les organismes de recherche. La nécessité d’une recherche participative associant étroitement paysans, associations et autres acteurs locaux n’est pas véritablement mise en avant dans le document.
11. En quatrième lieu -et ceci découle probablement du « flou » persistant sur le modèle d’agriculture au service duquel l’INRA consacrera prioritairement ses efforts-, il manque une hiérarchisation des priorités (et, au sein de chaque priorité, entre les questions de recherche, notamment concernant la priorité n°1) et ses conséquences en termes d’affectation du budget et des ressources humaines de l’INRA. Or, une véritable « rupture » ne découlera que d’une rupture également à ces niveaux là.
Remarques spécifiques
1. Priorité n° 1. Conjuguer performances économique, sociale et environnementale de l’agriculture.
L’absence de définition de la « performance économique » est très problématique : elle laisse entendre qu’il n’y a pas de véritable « rupture » avec la « performance économique» promue dans le cadre du modèle actuel, c’est-à-dire essentiellement le fait de produire à des coûts de production unitaire les plus bas afin d’être compétitif sur les marchés ou de permettre la captation de plus-value par le capital investit dans l’aval des filières. Or, du strict point de vue économique (et donc, sans même faire intervenir des critères sociaux ou écologiques), ce type de « performance » est loin de répondre à l’intérêt général de la société. Ce type de formulation, liée au flou déjà mentionné sur le type d’agriculture priorisé et sur la répartition des moyens au sein de l’institut, laisse craindre une absence de rupture réelle avec le passé.
Concernant la sélection génétique, il nous semble qu’un véritable débat doit être engagé sur ses finalités et méthodes.
2. Priorité N° 2. Minimiser les risques environnementaux, quantifier et maximiser les services éco-systémiques (eau, biodiversité...) rendus par les activités agricoles et forestières
Il s’agit d’un objectif central.
La biodiversité (caractérisée de « service ») et la baisse de la bio-diversité (caractérisée de « risque ») en tant que telles mériteraient d’apparaître plus explicitement dans le paragraphe « contexte et défis » du document. Il en va de même de la pollution génétique par les OGM en tant que risque.
Le potentiel productif des écosystèmes dans leur globalité n’est pas mis en évidence, laissant craindre une trop grande compartimentation des approches.
Dans les questions de recherche, une évaluation comparative des différents types de systèmes de production et systèmes agraires du point de vue de leur impact sur la dynamique des écosystèmes cultivés et sur leur environnement (ce qui correspond en gros aux expressions utilisées « services environnementaux » et « risques) mériterait d’être incluse. Il s’agit notamment de disposer des connaisances suffisantes pour assurer la promotion des systèmes de production et systèmes agraires les plus favorables et rétro-alimenter les recherches visant à améliorer ces aspects.
Enfin, la recherche ne doit pas se contenter d’être dans une démarche « défensive » de « limitation des risques » par rapport aux questions écologiques : sur la question de la biodiversité par exemple, l’ambition doit bien être de permettre un accroissement de la bio-diversité, par exemple dans des territoires ravagés par les effets de la monoculture intensive.
3. Priorité n° 3. Mieux connaître les transitions alimentaires et leurs effets
Il est fait mention de « concevoir des produits mieux adaptés aux transitions alimentaires ». Il nous semble que les transitions alimentaires, les évolutions des modes de consommation, doivent également être évalués du point de vue de leurs impacts globaux (notamment du point de vue environnemental).
4. Priorité n°4. Développer et valoriser le carbone renouvelable pour la chimie et l’énergie.
La priorité donnée à l’alimentation mériterait d’être affirmée.
5. Priorité n°5. Adapter l’agriculture au changement climatique et réduire sa contribution à l’effet de serre ».
Il s’agit d’un objectif central. Il importe que la question de la contribution proprement dite de l’agriculture au changement climatique soit bien considérée comme prioritaire, dans un contexte où il est à craindre que, faute d’accord global ambitieux sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre au niveau planétaire, la question de la simple adaptation prenne le dessus en termes de priorité politique des différents acteurs.
Là aussi, un bilan comparatif des différents types de systèmes de production et systèmes agraires est nécessaire (en tenant compte de l’ensemble des filières, afin notamment de mettre en évidence l’impact de la relocalisation des productions). Tout comme la priorité n°2, il s’agit notamment de disposer des connaisances suffisantes pour assurer la promotion des systèmes de production et systèmes agraires les plus favorables et rétro-alimenter les recherches visant à améliorer cet aspect.
6. Priorité n°6. Renforcer les capacités de prédiction en écologie et en biologie.
7. Priorité n° 7. Rechercher les cohérences systémiques et territoriales pour la sécurité alimentaire mondiale
Il s’agit effectivement d’une priorité transversale importante.
A la raréfaction des sources de carbone fossile, il nous semble important d’ajouter la raréfaction d’autres types de ressources, notamment le phospore.
Le 13 avril 2010




