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« Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, la Révolution citoyenne »
Le nouveau livre de Jean-Luc Mélenchon, paru aux éditions Flammarion, est volontairement court (150 pages), écrit de manière simple, directe et incisive. Vendu 10 euros, il fait exception parmi les livres politiques publiés par les grandes maisons d’édition dont le prix avoisine généralement les 20 euros. Ces enjeux de forme recoupent une préoccupation de fond : faire un livre populaire, qui donne au grand nombre le goût de se mêler des affaires publiques.
« Qu’ils s’en aillent tous ! » a été le mot d’ordre de millions de sud-américains engagés dans les révolutions démocratiques qui ont permis à plusieurs peuples de se libérer de la prison du libéralisme. Dans son livre, Jean-Luc Mélenchon montre que toutes les raisons existent aussi en France pour que « demain, des millions de gens aillent prendre aux cheveux les puissants, excédés de les voir saccager notre pays et condamner la population de la 5ème puissance économique du monde au recul de tous ses acquis sociaux. Ils le feront, révulsés par les mœurs arrogantes des amis de l’argent, non seulement ce Président et son gouvernement, mais aussi [...] les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les financiers qui vampirisent les entreprises, les barons des médias qui ont effacé des écrans le peuple. »
La critique pointe directement les responsables du désastre social et écologique. Et elle assume la nécessité de les chasser pour mener une toute autre politique. Afin que même les plus résignés commencent à se dire que les puissants ne sont pas intouchables pour peu que le peuple s’en mêle.
L’inspiration latino-américaine se combine avec la référence régulière à la grande Révolution française de 1789-1793. Pour chambouler à nouveau la société, Jean-Luc Mélenchon propose une « Révolution citoyenne » Il développe ce concept global, à la fois méthode et contenu : « La révolution que je souhaite est citoyenne en ceci, que si elle s’enracine dans le mouvement social, elle se déclenche et se mène par les bulletins de vote et les élections ». « L’adjectif citoyenne indique à la fois le moyen et la finalité de cette action ». « Dans la révolution citoyenne », la volonté du peuple « doit être en permanence active et obéie. Et non, exceptionnelle et méprisée, comme c’est le cas dans le régime actuel. » « La révolution citoyenne n’est pas un cosmétique ni un lifting du Vieux monde. C’est un renversement de pouvoir. Elle le reprend à l’oligarchie, au monarque présidentiel, et à l’argent roi. Elle les chasse. [...] la révolution citoyenne est une révolution des institutions, des rapports sociaux et de la culture dominante. »
Radical, le croquis de Jean-Luc Mélenchon explique comment gouverner autrement autour des 5 axes thématiques qui organisent l’alternative défendue par le Parti de Gauche :
La refondation républicaine : Le livre décrit la crise politique extrême dans laquelle s’enfonce le pays : « L’abstention prend le sens d’une insurrection civique froide. [...] » « Aucune décision ne semble légitime. Aucune autorité n’est vraiment respectée. Ce qui est anéanti avec cet état d’esprit, ce n’est pas seulement le principe moral et politique du civisme. C’est le pays lui-même qui se dissout. La France se confond avec sa République. C’est son identité. Si nous renonçons à être citoyens nous cessons d’être le peuple de cette Nation. Nous sommes seulement les occupants d’un territoire. ». C’est donc le peuple lui-même qui doit réécrire la règle du jeu en élisant une Assemblée constituante, qui est le point de départ de la Révolution citoyenne. Elle se prolonge en refondant radicalement deux instruments dont dispose la société pour « préparer chacun à jouer son rôle civique » : « l’école et les médias », « à la base de la conscience civique ».
Le partage des richesses : Jean-Luc Mélenchon montre l’ampleur de l’ « apartheid social » qui s’est installé. Il note que « le lien direct entre l’extrême accumulation de fortune et l’extrême pauvreté est mal compris, même parmi les personnes les plus engagées à gauche. De façon évidente, le système libéral a pris au grand nombre pour donner aux autres, les privilégiés. » Il ajoute que « cette situation illustre de façon extrême le lien qui unit égalité, partage des richesses et citoyenneté. Nous ne sommes pas égaux dans notre droit à participer aux affaires de la collectivité si certains d’entre nous ne peuvent avoir d’autre occupation que de survivre jusqu’au lendemain. Par conséquent, le partage des richesses n’est pas le volet social de la révolution citoyenne, c’est son point de départ.» Suivent une série de propositions pour redistribuer massivement les richesses, en reprenant au capital les 10 points de richesse nationale qu’il a volés au travail ou encore en instaurant un salaire et un revenu maximums.
La sortie du Traité de Lisbonne : C’est une autre condition majeure de la reprise en main de son destin par le peuple. L’Europe expulse le citoyen et pille le pays. En détruisant ses services publics, mais aussi de manière purement financière via des versements de plus en plus exorbitants de la France au budget européen. Une réalité financière méconnue et à propos de laquelle le livre présente des chiffres édifiants et révélateurs de la faillite des élites qui ont ainsi vendu notre pays. « La révolution citoyenne dans ce domaine consistera à proposer par référendum de ne plus appliquer les articles du Traité qui sont contraire à l’intérêt général des Français »
La planification écologique : Jean-Luc Mélenchon montre qu’on ne peut pas prétendre être de gauche et « continuer à asséner que l’écologie est une diversion par rapport aux vrais problèmes sociaux ! » « Comme si ce n’était pas le premier des problèmes sociaux que la destruction de l’écosystème [...] ! Comme si les migrations climatiques, les empoisonnements des travailleurs, les accidents de santé et les pandémies liées à l’indifférence écologique, n’étaient pas des problèmes sociaux ! » Il présente le contenu de la planification écologique qui doit permettre de changer complètement de modèle de production, de consommation et d’échange. Grâce à la remise en cause frontale du libre échange, « mirage économique, fléau social et désastre écologique ». Et à la réappropriation civique de deux leviers stratégiques qui doivent retrouver le chemin de l’intérêt général : transports collectifs pour sortir du tout routier et sortie du nucléaire pour garantir réellement l’indépendance énergétique du pays.
Faire une autre paix : Pointant que la paix n’a rien d’un état naturel et que le capitalisme pousse plus que jamais le monde à la guerre, le livre assume que « la place du terrorisme dans l’ordre des menaces est totalement surévaluée. Le risque majeur reste la vieille aptitude à la querelle entre les nations et les empires ! ». Il défend la reprise par la France de son indépendance internationale, gage de la souveraineté effective du peuple. Ce qui suppose de s’affranchir sur tous les plans de la tutelle américaine (sortie de l’OTAN et retrait d’Afghanistan) et de nouer des relations nouvelles avec les pays émergents.




