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Biodiversité et services écologiques : des biens communs

Pour la création de l’IPBES (ou GIEBES)…
Depuis 2005, des démarches ont été engagées pour créer l’IPBES (Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services), souvent cité comme le GIEC de la biodiversité. Lors de sa 65ème assemblée générale, le 21 décembre 2010, les Nations Unies ont donné leur accord pour sa création. Ce Groupe d’Experts International pour la Biodiversité et les Services Ecologiques (GIEBES) a pour mission d’apporter une expertise scientifique et de combler le vide entre cette expertise, la connaissance des solutions qui peuvent être engagées et les actions gouvernementales décisives et nécessaires pour enrayer l’érosion de la biodiversité et des services écologiques. Cette nouvelle avancée vers la création du GIEBES est en soi une heureuse nouvelle. En réagissant à cet événement, le gouvernement, aveuglé par l’argent, révèle bien la position capitaliste sur le monde vivant. Ainsi Nathalie Kosciusko-Morizet met l’accent sur la protection de la diversité, tout en reconnaissant les enjeux économiques qui lui sont liés. La ministre de l’écologie sait-elle ce que sont les services écologiques ? Valérie Pécresse, elle, se félicite de la création de la Plateforme scientifique Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Ecosystémiques ou PIBSE. Lapsus ou manipulation, elle repeint le PIB en vert en y accolant les services écologiques.
Biodiversité et services écosystémiques
De quoi s’agit-il ? En 2010, année de la biodiversité, nous avons célébré les millions d’espèces ordinaires qui, à travers des relations de compétition, de prédation et de mutualisme, accomplissent de multiples activités. Les unes transforment la lumière en énergie chimique ce qui leur permet de se développer, de former de nouveaux individus, d’en nourrir d’autres. D’autres espèces se succèdent dans la dégradation des déchets organiques et permettent le recyclage des éléments. L’ensemble des espèces et leurs activités biologiques forment des systèmes fonctionnels et productifs, les écosystèmes. L’assurance vie des espèces ou écosystèmes réside dans la variabilité entre individus, la complémentarité dans leurs activités, qui leur permettent de persister malgré les aléas environnementaux. Des millions d’année que ça marche ! Ce tissu vivant, dont nous faisons partie, nous rend d’innombrables services. Les services écologiques regroupent les services de support, liés au fonctionnement propre des écosystèmes, les services de ressources (fruits, légumes, poisson, viande, eau douce, fibres textiles, bois, etc.), les services de régulation (limitation de l’érosion des sols, des inondations, de la propagation des maladies, régulation du climat, pollinisation et dispersion des graines, etc.) et les services culturels (esthétiques, spirituels, éducatifs, etc.). Concrètement, si nous pouvons nous nourrir, c’est parce que les écosystèmes produisent et nous ne pollinisons pas manuellement les vergers. Mais n’oublions pas que ce que nous faisons des écosystèmes, nous le faisons à nous-mêmes ! Combien de catastrophes dites naturelles ont vu leurs effets aggravés par la destruction des zones littorales ou de la couverture végétale des sols ? Quelle agriculture souhaitons-nous ? Celle qui ne persiste que sous perfusion au prix de l’ajout de nombreux pesticides, ou celle qui s’appuie et reproduit les processus naturels ?
En 1997, malgré les difficultés méthodologiques, une équipe de chercheurs a tenté d’estimer la valeur de ces services écosystémiques. Publié dans la revue Nature, le résultat est sans appel : la valeur des services écologiques a été estimée à une moyenne annuelle de 33 000 milliards de dollars américains ! A comparer au produit intérieur brut global estimé à 18 000 milliards de dollars. La nature nous rend donc des services gratuitement qui contribuent dans notre économie pour 33 000 milliards de dollars américains !
Contre la monétarisation des services écosystémiques
La démarche de ces chercheurs était évidemment d’attirer notre attention sur les services écosystémiques et nous inviter à repenser notre relation avec la diversité biologique. Cette somme calculée est un plaidoyer, pas un outil monétaire. Mais la tentation de monétariser les services écosystémiques est grande alors que ceux-ci devraient définitivement être inscrits comme biens communs à préserver. D’ailleurs, mettre une valeur sur ces services est vain : comment estimer les services rendus par un écosystème alors que ceux-ci sont souvent inconnus et révélés lors de la disparition d’espèces ou de l’écosystème lui-même ? Les écologues sont loin d’avoir fait le tour de la question mais cela ne pose pas de problèmes aux banquiers. Et certains ministres ont si bien compris qu’ils ne voient que des capitaux alors qu’il s’agit de protéger le vivant.




