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G20 agricole : Pouvoir des lobbies, et dogme libéral
Le G20 agricole qui s’est réuni sous la présidence française, les 22/23 juin à Paris a réaffirmé le choix de la libéralisation des marchés, alors même qu’elle génère une instabilité croissante des prix agricoles et alimentaires mondiaux, au détriment à la fois des agriculteurs et des consommateurs les plus pauvres. Le G20 répond par contre aux intérêts de l’agro-business et des multinationales de l’agro-alimentaire qui tirent profit de la libéralisation, mais aussi des assurances privées et des grands groupes financiers engagés dans les dispositifs de « couverture » des risques agricoles, accentuant la pénétration du capital financier dans l’agriculture.
Une forte volatilité des marchés mondiaux
Après les flambées des années 2007/08, les prix agricoles mondiaux grimpent à nouveau depuis la mi 2010. Le prix mondial du blé a par exemple augmenté de 71% en neuf mois et celui du maïs a presque doublé.
Les marchés agricoles sont par nature instables : ainsi, la production est sensible aux accidents climatiques, alors que la demande alimentaire est, elle, relativement constante, quel que soit le prix de marché. Mais, depuis l’Antiquité, les sociétés humaines ont pratiquement toujours confié à des autorités publiques le soin de réguler les marchés au moyen de stocks régulateurs et d’un contrôle du commerce extérieur.
La volatilité actuelle frappe nombre de pays qui, souvent sous la contrainte de la Banque Mondiale, du FMI, de l’OMC ou des accords de libre-échange, ont libéralisé leurs marchés agricoles (remise en cause des politiques de stockage et de protection commerciale, etc.), les intégrant pleinement au marché mondial. L’ensemble de la production et de la consommation en est affecté alors même que le commerce international ne représente que 15% de la production mondiale.
Notons cependant que la Chine et l’Inde, qui n’ont pas à se soumettre aux diktats du FMI ou de la Banque Mondiale et qui ont la responsabilité de la sécurité alimentaire de plus de 35% de la population du globe- ont pris soin de maintenir des politiques de régulation afin de protéger leur marché intérieur.
Les récentes flambées de prix ont également résulté de :
- la diminution des stocks des grands pays exportateurs (Etats-Unis, Union européenne) suite aux politiques de libéralisation, alors qu’ils jouaient un rôle clé dans la régulation des marchés mondiaux,
- la croissance fulgurante des agro-carburants suite aux politiques de soutien à leur utilisation : 10% de la production mondiale d’oléagineux et de céréales secondaires et 20% de celle de canne à sucre sont aujourd’hui destinés à leur fabrication,
- la spéculation sur les marchés à termes agricoles résultant de leur libéralisation et de la recherche de la part de la finance mondialisée de nouvelles opportunités de placement spéculatif.
Perdants et gagnants
La volatilité des prix affecte à la fois les consommateurs (en cas de flambée des prix) et les producteurs (en cas de chute des prix), d’autant plus qu’elle permet une captation de plus-value par des intermédiaires (notamment les firmes du commerce et de la transformation) qui ne répercutent que partiellement les hausses auprès des producteurs et les baisses auprès des consommateurs. Les Etats très dépendants des importations alimentaires sont également fortement touchés quand ils doivent s’approvisionner sur le marché mondial au prix fort.
Pas de régulation des marchés…
Sarkozy avait annoncé en grande pompe sa volonté de lutter contre la volatilité des prix agricoles et inscrit cette question à l’ordre du jour du G20. Qu’en est-il ?
Tout d’abord le G20 a décidé de mécanismes visant une plus grande transparence des marchés et une meilleure coordination entre pays pour prévenir et gérer les crises agricoles. Il soutient la relance des investissements pour le développement de l’agriculture et envisage une étude en vue de réaliser une expérience pilote de renforcement des stocks humanitaires d’urgence (stocks qui doivent être bien différenciés des stocks régulateurs qui permettent, eux, de réguler le marché). De telles mesures peuvent être utiles, mais ne peuvent se substituer à la lutte contre les causes mêmes de volatilité des prix.
Le G20 agricole a aussi demandé aux ministres des finances de décider de mesures de régulation des marchés financiers. Il faudra vérifier l’effectivité des mesures décidées, sachant que la spéculation sur les marchés financiers ne constitue qu’un des facteurs de la volatilité des prix.
… mais une victoire des lobbies
Les décisions (ou absences de décision) traduisent par ailleurs une victoire de l’agro-business et des milieux financiers dont on connaît l’influence sur les principaux pays du G20 :
- le dogme de la libéralisation est réaffirmé, et avec lui le maintien de la pression sur les Etats pour qu’ils abandonnent toute politique nationale ou régionale de régulation accroissant ainsi le processus de ruine et d’exode de millions de paysans et la dépendance et l’insécurité alimentaire de nombreux pays ;
- aucun mécanisme de régulation des marchés mondiaux (notamment des stocks régulateurs) n’est prévu. Par contre, le G20 a décidé de promouvoir les assurances privées et les marchés financiers agricoles (marchés à terme) pour que les Etats et les acteurs économiques puissent s’assurer et se couvrir face aux risques. Ceci revient non seulement à entériner et à accentuer la volatilité (les marchés à terme ont en effet besoin de volatilité pour attirer les spéculateurs et donc exister), accroître les inégalités (la grande majorité des petits agriculteurs ne bénéficieront certainement pas des outils d’assurance et de couverture) et développer les flux de revenus vers la sphère financière au détriment des producteurs et des consommateurs. L’argent de la coopération internationale elle-même pourrait finir demain dans les caisses des assurances privées au lieu d’être investi dans le développement agricole !
- Le développement des agro carburants n’est pas remis en cause, une simple étude à leur sujet étant prévue. Les agro carburants illustrent la fuite en avant du système actuel : ils menacent de déstabiliser le système alimentaire mondial et de générer des accaparements de terres massifs aux dépens des populations paysannes et de l’environnement, alors même que si la totalité de la surface mondiale cultivée y était consacrée, ils ne remplaceraient que 40% du pétrole consommé !
L’Humanité sait comment réguler les marchés agricoles pour garantir des prix rémunérateurs et stables aux producteurs tout en protégeant les consommateurs des flambées de prix. Une telle régulation passe par la reconnaissance du droit à la souveraineté alimentaire et par une coopération internationale afin de soutenir l’agriculture paysanne, tout en garantissant l’approvisionnement alimentaire à un prix raisonnable et stable des pays structurellement très déficitaires. Mais, cela implique de s’affronter aux puissants intérêts de l’agro-business et de la sphère financière. Ce n’est clairement pas la voie choisie par le G20 agricole.




