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Table ronde RM2011 - Peut-on combattre la corruption sans affronter l’oligarchie ?

Mardi 30 Août 2011
  Jeanne Fidaz

Il est souvent admis que la lutte contre la délinquance financière et la corruption relèveraient du champ moral et judiciaire, tandis que la bataille contre l’oligarchie relèverait du domaine social. Mais on peut aussi penser que l’instauration d’un revenu maximum aiderait à lutter contre la corruption.

Cet atelier a donc confronté deux approches distinctes : celles d’un magistrat, Eric Alt, et du couple de sociologue qu’il n’est plus besoin de présenter depuis le succès du Président des Riches, Monique Pinçon- Charlot et Michel Pinçon.

Éric Alt introduit le débat en distinguant trois sortes de corruption : la corruption blanche, admise par tous, la corruption grise, admise par les élites dirigeantes mais réprouvée par les citoyens, et la corruption noire, qui appelle une sanction pénale. La corruption grise est en constante augmentation. Nous vivons dans une «démocratie de connivence». Il esquisse des pistes de réponse : interdiction du cumul des mandats entre le public et le privé, faire de la fraude fiscale une infraction de droit commun, introduire les fameux jurés citoyens au sein de la Cour de Justice de la République qui juge les ministres...

Michel Pinçon estime que l’oligarchie, c’est la corruption faite classe. L’oligarchie porte en elle-même, de manière consubstantielle, la corruption. Les réseaux sociaux constitutifs de la grande bourgeoisie (la famille, les grandes écoles, etc) sont par excellence des lieux de «cumul des mandats». Les récentes affaires Tapie et Woerth ont démontré les liens entre l’oligarchie et la corruption.

Pour Monique Pinçon-Charlot, la corruption grise explose parce qu’une classe politique particulièrement proche de l’oligarchie vote les lois. Ce n’est plus « la » loi, cela devient «leur» loi. Pour contrer cela, le contrôle des citoyens doit devenir permanent. Monique recueille de vifs applaudissements lorsqu’elle s’insurge contre le cumul des mandats, y compris dans le temps. Une des solutions réside aussi dans le vote obligatoire qui ne pourrait être mis en place qu’après reconnaissance du vote blanc.

Le débat s’engage ensuite sur l’internationalisme de la bourgeoisie et la mondialisation du capitalisme, la très improbable instauration d’un parquet européen, les « oligarques de gauche ». Monique Pinçon-Charlot conclut cet atelier avec ces mots : « Dans tous les cas, la pire des trahisons, c’est qu’on se serve de nos valeurs de gauche pour faire une politique de droite ».

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