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Table ronde RM2011 - Le Travail peut-il tuer ?

Mardi 30 Août 2011
  Marc Duval

Au lendemain de la clôture du Remue méninges à Gauche organisé à Grenoble, nous avons appris que deux salariés de la Société générale s’étaient suicidés sur leur lieu de travail au mois d’août. Deux nouveaux drames humains qui illustrent, hélas !, que le travail peut tuer.

Non seulement le harcèlement moral est omniprésent dans certaines entreprises dont les dirigeants sont adeptes du management par le stress, mais nombre de risques pathologiques ou psychosociaux sont directement liés à l’activité professionnelle! Qui ne se souvient de la vague de suicides à France Télécom? Pourtant, le journaliste Ivan du Roy, présent à l’atelier, n’avait eu de cesse d’alerter l’opinion sur les conditions de travail désastreuses dans l’entreprise dans son livre-enquête Orange stressée.

Au cri d’alerte qu’il lançait alors font aujourd’hui écho les inquiétudes du syndicaliste Eric Beynel, porte-parole de Solidaires. D’une part, les mécanismes de gestion du personnel par le stress se font plus nombreux, mais aussi plus insidieux: infantilisation, humiliations…l’objectif est de culpabiliser le salarié pour qu’il ne se perçoive plus comme un sujet, mais comme un objet dans l’appareil de production. D’autre part, chaque jour, deux ou trois salariés meurent des suites de l’amiante, des cancers d’origine professionnelle ou de l’arrivée récente des nanoparticules sur le lieu de travail. A tel point que Dominique Huez, médecin du travail, déclare impossible d’aborder la question sociale sans une réflexion politique sur le travail, vecteur central de l’aliénation. Car plus de la moitié des inégalités sociales en matière de santé ont pour origine le travail. Par exemple, il y a un lien direct entre le stress au travail et la probabilité d’être atteint d’une pathologie cardiovasculaire.

Au fond, comme le note Pierre Nicolas, représentant CGT chez Renault, l’erreur des syndicats comme des partis de gauche est d’avoir trop longtemps considéré que le combat contre la souffrance au travail était secondaire par rapport à la lutte pour l’emploi et l’augmentation des salaires. Or à quoi bon vouloir créer des emplois supplémentaires si c’est pour qu’il y ait plus de salariés qui se suicident sur leur lieu de travail ?

En réalité, l’action pour l’émancipation des travailleurs implique de combiner les luttes, et non de les opposer. Le droit d’être épanoui dans son travail est aussi sacré et inaliénable que le droit même d’obtenir un travail. C’est cela que la droite ne comprendra jamais, elle qui clame qu’il faudrait travailler plus longtemps dès lors qu’on vit plus longtemps. Ridicule : comme Martine Billard le rappelle, c’est justement parce qu’on reste moins longtemps au travail que l’on vit plus longtemps !

Créations d’emplois, hausse des salaires et lutte contre la souffrance au travail : les combats sont liés, et même indissociables. L’objectif est le même, c’est celui du combat républicain et socialiste depuis Jaurès : le travailleur doit cesser d’être un serf dans l’entreprise pour devenir citoyen, pleinement citoyen, sur son lieu de travail.

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