
Dimanche l'abstention a atteint 53,65 %. Certains y voient le signe que le rôle de la région n'est pas identifié par les électeurs, mais c'était la première fois lors d'une élection locale que plus d'un inscrit sur deux n'est pas allé voter. En fait, chercher des explications techniques qui ne tiennent aucun compte du contexte politique de l'élection conduit à se méprendre sur le message principal adressé par les abstentionnistes.
L'abstention n'est pas avant tout un signe de désintérêt, elle est un signe de désenchantement et de rejet des électeurs face à l'action de leurs dirigeants politiques en ces temps de crise. L'UMP a beau expliquer que les Français ne se sentaient pas concernés et qu'ils le seront au deuxième tour, l'abstention n'est pas un message d'indifférence mais un message de défiance envers Sarkozy et les politiques de casse sociale menées par le gouvernement. Les Français, notamment ceux des classes populaires, qui s'étaient déplacés massivement aux présidentielles de 2007 faisant dire à Sarkozy qu'il avait vaincu l'abstention (16,23 % au premier tour), ont montré dimanche leur désillusion face aux promesses non tenues.
Mais il faut regarder au-delà. L'analyse des chiffres de l'abstention région par région montre qu'elle est d'abord celle de l'électorat de droite traditionnel et qu'elle s'accompagne d'une poussée de l'extrême droite. Premièrement, les départements qui avaient donné une large majorité à Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007 sont aujourd'hui les plus abstentionnistes : c'est le cas du Haut-Rhin (57,88 %), de la Haute Savoie (59,96 %), de l'Ain (58,18 %) et même des Yvelines (54,65 %). Deuxièmement, la carte de l'abstention recoupe de manière frappante celle du vote Front national. Les régions de l'Est et du Nord de la France, où l'abstention est la plus forte, sont aussi celles où le FN a fait les scores les plus importants. Affaibli depuis 2007, le FN se relance en rassemblant les électeurs de droite déçus du sarkozysme. Il tire également profit du débat nauséabond sur l'identité nationale. Les Français sont exaspérés et ne font plus confiance à leurs représentants : l'abstention de dimanche est un signe supplémentaire de la crise politique majeure que traverse notre pays.
























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