La semaine dernière le Parlement israélien a voté la loi dite « Israël État nation du peuple juif ». Cette loi, voulue depuis plusieurs années par la coalition au pouvoir en dépit de l’opposition très large des défenseurs de la démocratie, inscrit dans le marbre une définition ethno-religieuse de la nation israélienne qui, si elle a pu exister au sommet de l’État israélien depuis sa création, n’avait en l’absence de constitution jamais eu de valeur juridique.

Cette définition de l’État nation israélien a désormais valeur de loi fondamentale à force constitutionnelle et s’appliquera à des jugements rendus dans tous les secteurs : citoyenneté, propriété foncière, propriété privée, langue, culture, éducation, et par-dessus tout droits civiques, etc. Les non juifs, un quart de la population comprenant 1,5 millions d’arabes musulmans ou chrétiens et environ 300 000 immigrés non juifs de l’ex-URSS, voient leur mise au ban de la nation israélienne officialisée. Ils deviennent étrangers dans leur propre pays. L’arabe perd son statut de langue officielle partagé avec l’hébreu. Amendée de justesse, le projet de loi prévoyait même la création de localités exclusivement réservées aux juifs.

L’esprit de cette loi a été résumé par son rapporteur, membre du parti du Premier Ministre Benjamin Netanyahou. Aux députés arabes dénonçant la mise à mort de la démocratie israélienne il a répondu : « vous n’étiez pas ici avant nous et vous ne resterez pas ici après nous. Nous avons fait passer cette loi fondamentale pour empêcher la moindre velléité ou tentative de transformer l’Etat d’Israël en une nation de tous ses citoyens ». 

Contraire au droit international, cette légalisation nationale d’une séparation raciste laissant pointer un véritable apartheid, ruine en outre encore un peu plus la solution de paix à deux États. L’article II de la loi inscrit ainsi Jérusalem « entier et unifié » comme capitale d’Israël. Dans cet esprit, l’officialisation de l’annexion de Jérusalem-Est, reconnue par l’ONU comme territoire palestinien, n’est que la prémisse de la légalisation de l’annexion à terme de l’ensemble des territoires palestiniens, comme le prévoit une loi votée le 6 février 2017, pour l’heure gelée par la Cour suprême. Mais combien de temps cette dernière tiendra-t-elle face aux assauts de la coalition d’extrême droite au pouvoir ?

L’alinéa c de l’article I de la Loi « Israël État Nation du peuple juif » prévoit d’ailleurs cette éventualité en stipulant que « le droit à l’autodétermination en Israël est réservé au peuple juif ». La boucle est bouclée. Ce gouvernement n’entend ni reconnaître la Palestine ni donner les mêmes droits aux palestiniens dans les territoires annexés.

Il ne faut plus avoir peur des mots. L’opposition israélienne elle-même, au-delà des députés arabes, a dénoncé une loi raciste. Cette dérive ne peut laisser indifférent. La France devrait agir. Elle s’honorerait à prendre le leadership d’une initiative sérieuse rappelant Israël à ses obligations internationales si elle ne veut pas rester complice d’un État qui officialise une forme d’apartheid. Au lieu de cela, en suspendant de fait la mise en conformité avec la réglementation de l’Union Européenne (UE) de 2015 prévoyant l’étiquetage des importations issues de colonies, le gouvernement français a récemment donné un blanc-seing à la politique de normalisation de la colonisation des territoires palestiniens. Le Parti de Gauche dénonce cette complicité éhontée avec un gouvernement qui sabote toute tentative de paix. 

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erdogan
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